La Première Époque de la saga d'Aila, époque 1 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy préféré

Note : 4.6 / 5 avec 277  critiques littérature

Le début de l'histoire

Les légendes en Avotour racontent qu'hommes et fées vécurent en parfaite harmonie jusqu'au jour où un interdit absolu fut transgressé : l'amour entre un homme et une fée. Pour qu'un tel malheur ne se reproduise plus, les fées choisirent de disparaître aux yeux des hommes et c'est ainsi qu'aujourd'hui, en Avotour, plus personne ne croît aux fées ou presque…

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Orpheline de mère, Aila a grandi élevée par son oncle Bonneau dans le comté d'Antan. De loin, enfermée dans l'incompréhension totale de ce père qui l'a reniée à sa naissance sans raison apparente, elle observe son père Barou Grand et son petit frère Aubin vivre ensemble. Et, pourtant, ce colosse est le plus grand héros du royaume. C'est lui qui, des années auparavant, a repoussé chez eux les Hagans, peuple frontalier, féroce et sanguinaire, qui venait piller et tuer.

Heureusement, la jeune fille n'est pas seule. La châtelaine d'Antan, Mélinda s'occupe d'elle comme de ses trois filles, lui offrant une présence féminine indispensable tandis que Hamelin, le mage du château, érudit et sage, lui enseigne tout ce qu'il sait. De plus, Aubin, bravant l'interdit parental, décide de se rapprocher d'elle dans le plus grand secret.

Alors qu'Aila devient adolescente, Bonneau décèle chez sa nièce une aptitude peu commune à se battre et décide de la former. Aujourd'hui, à seize ans, elle est devenue une exceptionnelle combattante, en particulier, lorsqu'elle manipule le kenda, un bâton de combat aux propriétés peu conventionnelles. Elle est l'élève qui ferait la fierté de Barou. Cependant, rien n'a changé et ce dernier persiste à l'ignorer.

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Deux journées de deuil sont décrétées quand le roi Sérain d'Avotour perd sa femme et sa fille dans un attentat qui lui était destiné. À la suite de cet événement tragique, il décide de protéger ses trois fils en créant une garde rapprochée. Naturellement, il envoie chercher ces hommes parmi l'élite d'Avotour, c'est-à-dire dans le camp de formation de Barou Grand. C'est la chance que saisit Aila pour enfin prouver sa valeur. Malheureusement, Barou refuse sa participation. Alors, pour la première fois de sa vie, Aila s'oppose à lui et fait appel à une loi ancienne qui l'autorise à changer de père. Sa joie explose quand elle est sélectionnée, mais c'est aussi tout son monde qui bascule. Dorénavant, elle va quitter la sécurité d'Antan et son bonheur est teinté d'une légère appréhension.

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Son départ proche perturbe plus que de raison Hamelin. Aila connaît depuis bien longtemps son intérêt pour les fées et l'a toujours considéré comme l'expression d'une forme de nostalgie chez un homme attaché de traditions ancestrales. Seulement, quand elle touche le petit livre aux paysages mouvants qu'il lui tend, elle se sent immédiatement happée dans un autre monde avant de briser la magie du moment. Hamelin est convaincu qu'Aila peut communiquer avec les fées tandis que la jeune fille refuse totalement d'envisager, même l'espace d'un instant, l'existence de telles créatures. Malgré tout, par affection pour le vieil homme, elle emporte le livre qu'elle fourre au fond de son sac, espérant ainsi l'oublier au plus vite.

La qualité de vie en Avotour s'est bien dégradée depuis quelques années. La misère y côtoie la disette. De plus, affaibli, le pays redevient la cible de nouvelles attaques haganes et l'objet de convoitise de contrées limitrophes soutenues par la traîtrise interne de certains comtés du royaume. C'est ainsi que les membres de la garde rapprochée se voient attribuer différentes missions en vue de confondre ceux dont la loyauté a failli.

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Heureuse de partir avec le benjamin de la famille royale, Avelin, Aila déchante quand elle découvre que, en fin de compte, elle accompagnera l'héritier du trône, Hubert, aussi froid que rigide, dans une mission dans le comté d'Escarfe. Sa déception s'accroît quand elle apprend qu'elle sera présentée comme sa promise et qu'elle va devoir troquer sa tenue de combattante contre robes et frou-frou.

Tandis qu'Aila se prend finalement au jeu, des phénomènes bizarres apparaissent dans sa vie et la troublent. Comment se fait-il qu'elle pressente le danger ? Pourquoi son esprit devient-il capable de survoler l'espace qui l'entoure ?

Alors qu'un danger encore plus grand menace le royaume en la personne de Césarus, un empereur venu du nord qui détruit toute vie sur son passage, de nouvelles coalitions vont devoir naître pour contrer un oppresseur prêt à tout. Comment les ennemis d'aujourd'hui pourront-ils devenir les alliés demain ?

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Cassandre, 20 ans

Aila et la Magie des Fées, un joli titre qui n'attirait pas spécialement ma curiosité… Si j'avais su un jour qu'un livre de fantasy allait me rendre autant adepte de la lecture, je ne l'aurais pas cru. On pourrait croire à un livre pour fillettes rêvant de magie et d'univers parallèles, pourtant je dirais que c'est un livre qui en passionnerait plus d'un, tous âges confondus. Un livre magnifiquement bien écrit, qui révèle des détails qu'on ne pourrait imaginer…
Je me lance… j'ouvre le livre, je commence à lire quelques pages, 13, 20, 35… je dévore toutes ces lignes à une vitesse folle. Et voilà maintenant que je le prends dans le bus le matin, à ma pause déjeuner, le soir pour rentrer, et juste avant de me coucher. Je tourne les pages plus vite que mon ombre et naît un sentiment d'impatience de connaître la suite.
Au fil de l'histoire, je me suis complètement identifiée à l'héroïne ; elle était moi et j'étais elle. C'est comme si nous ne faisions qu'un. Une sensation qui reflète ma façon d'agir, de penser, de vivre… une aventure que j'ai lue et surtout vécue intérieurement pendant mes quelques jours de lecture passionnée. Je le relirai encore avec plaisir et avec les mêmes sentiments que la première fois ! Un livre à l'avenir tout tracé que je conseillerai à tous mes proches !!!

Sur UPblisher

Emmanuelle, 30 ans

Olala !!!!! Rien que le premier chapitre, et j'étais déjà accro !!! Ce qui est vraiment génial, c'est d'avoir pris plein de thèmes et histoires qui font partie de notre inconscient imaginaire et d'en avoir fait quelque chose de neuf ! Le tour de force de Catherine, c'est de parvenir à dévier ces éléments pour créer son propre monde et, ainsi, de générer un plaisir double pour le lecteur : celui de revivre un imaginaire de l'enfance dans un autre.
Tout est vraiment bien écrit et très fluide (et merci d'employer le subjonctif imparfait !!! J'adore ce temps qui ajoute un côté féerique et intemporel, justement typique du conte).
Aucune pesanteur, les personnages, leur origine, tout est bien posé en douceur et, pourtant, au milieu de péripéties palpitantes ! Le rythme est parfait ! C'est super bien ficelé, drôle, et, de plus, étonnamment d'actualité ! (toute la description d'Avotour, des problèmes causés par la misère, l'angoisse de ce qui va survenir…) Bref, je suis toujours aussi fan !!!

Didier, 53 ans

Eh bien, si je m'attendais un jour à donner mon avis sur un livre de fantasy, moi qui ne lis que des magazines d'économie, un ou deux ouvrages (sérieux) par an, et jamais de fantasy. J'ai été fortement incité à parcourir Aila et la Magie des Fées et je ne le regrette absolument pas. Une fois le prologue avalé, je pénètre dans un roman qui débute à la fois doucement (un environnement bien brossé, une fine description des personnages — aux caractères très affirmés — qui offrent tous un élément auquel s'attacher, une subtile entrée en matière des fées, imperceptiblement) et rapidement avec de l'action dès le premier chapitre — ça ne s'arrête plus jamais — et des dialogues d'une incroyable pétulance. Pas moyen de s'interrompre une fois qu'on a mis le doigt dans ce livre…

Miss Mag

Il faut aussi que je vous précise qu'après cette lecture, je suis en mesure de vous affirmer que le titre « Aila et la Magie des Fées » est très réducteur, en effet, ce roman déborde d'éléments qui en font un excellent moment littéraire.
Catherine Boullery parvient à nous tenir en haleine tout au long de cette histoire, nous y passons d'aventures en aventures. Alia est non seulement une combattante hors paire et une jeune femme au caractère bien trempé, mais aussi une personne pleine de douceur, qui sans le savoir est avide d'amour et de romantisme. Bien sûr , il me faut aussi parler des fées et du coté magique de ce livre, qui y tient aussi une partie importante et qui fait le lien avec les deux tomes suivants.
Avec ce roman j'ai donc vécu des moments romanesque, fantastique, d'aventure, J'ai voyagé au sein d'une contrée imaginaire.
Je ne saurai donc que vous conseiller de découvrir les aventures d'Alia si vous êtes en quête de toutes ces choses.
« Aila et la Magie des Fées » est donc le premier tome d'une saga, qui je maintiens mon opinion, aurait mérité un titre un peu plus recherché.

Sur Babelio
Virginie

Voilà ce qui se passe quand, en lisant un livre pour la seconde fois, je me sens une nouvelle fois littéralement happée par l'histoire : je me lâche ! Extrait : « Qu'est-ce qui m'a plu dans Aila et la Magie des Fées ? […] ce qui est intéressant, c'est que contrairement à d'habitude […], c'est une femme, Aila, qui reçoit toutes les caractéristiques des héros : combattante efficace, elle sait manier les armes, et peut se montrer fine stratège. Cela donne de la profondeur au personnage, et le roman a une coloration féministe en montrant comment une très jeune femme peut s'affirmer dans un monde d'hommes et instaurer un nouveau rapport à autrui. […] Autre chose : Aila est un personnage amusant et touchant, parce que contrairement à certains héros de fantasy, elle est un personnage inachevé : elle est encore en train de grandir, elle est souvent montrée en train d'apprendre à devenir une guerrière, on la voit même être très naïve, faire des erreurs importantes, et se méprendre sur les intentions d'autres personnages. C'est rassurant, ou réaliste, comme on veut, de découvrir un personnage qui n'est pas auréolé de toutes les perfections. […] on peut lire une réflexion sur le pouvoir et sur les modes de gouvernement. Ainsi, les actions humaines ont autant de place que la magie : Aila instille la volonté, chez les princes et les rois, de sortir de leur passivité, d'arrêter d'attendre une évolution extérieure, et de réfléchir par eux-mêmes à la manière de mieux gouverner leur pays et d'améliorer les conditions de vie de leur peuple. C'est surtout un roman sur la disparition de la magie […]. Or, cette magie ne peut disparaître, et cela nous est prouvé doublement : parce qu'elle aide à sauver le monde dans l'histoire racontée par le livre, mais aussi d'une autre manière : elle est peut-être fée, l'auteure de ce livre, car son livre agit sur le lecteur comme celui des fées sur Aila ; on se sent comme aspiré par une histoire qu'on ne veut plus quitter et qui s'offre très facilement à la lecture. Comment mieux affirmer que les livres et la lecture font ressusciter la magie et peuvent réenchanter notre monde ? »

Olivier, 40 ans

Un monde féerique envoûtant, une histoire passionnante qui vous tient en haleine de la première jusqu'à la dernière ligne. On vit des émotions intenses avec Aila ! J'ai autant dévoré les livres de Boullery que ceux de Goodkind, Tolkien ou Martin. Lisez les trois premiers chapitres : vous ne pourrez plus vous arrêter !

Sur UPblisher

Guillaume, 31 ans

Catherine Boullery réenchante la saga fantastique en trempant sa fine plume dans la clarté du conte. Les fluides aventures d'Aila sauront sans aucun doute poser leur charme puissant sur les enfants de 10 à 90 ans : un sort suffisamment puissant pour tenir en haleine au fil d'une histoire-fleuve.

Adrien, 27 ans

J'ai eu le privilège de découvrir en avant-première les aventures d'Aila. Elles m'ont tenu en haleine pendant plusieurs jours, c'est ce genre de roman qu'on peine à refermer tard le soir, mais dont on essaie d'économiser certains chapitres pour le lendemain ! J'ai hâte de découvrir la suite et suis ravi d'apprendre que d'autres personnes découvriront cet univers vraiment particulier et attachant. Bonne lecture à tout le monde !

Yollande, 45 ans

Je suis en train de relire Aila et la MAGIE est toujours là. C'est époustouflant, car je sais que, dans un an, dans dix ans, il y aura toujours cette magie que je me régalerai à redécouvrir. Ce livre enchanteur, envoûtant, fait partie de ceux qui me sont « intemporels » et dont le plaisir de la relecture reste toujours aussi fort : on s'attache à Aila, on se l'approprie, on vit sa vie au fil des mots, au fil des pages, on la voit grandir comme un enfant (on en est fière n'est-ce pas, Catherine ?) et on en redemande encore et encore. Et on se dit qu'on sera patiente comme jamais pour connaître la suite, mais surtout, surtout, ne jamais connaître sa fin !

Tous les ingrédients sont là : l'amour, l'amitié, la fidélité, le courage, l'aventure, l'espérance, les joies et les peines, le doute, l'angoisse, la violence, la mort… Exercice de très haute voltige. Je suis très touchée d'avoir eu le privilège de lire le 1er tome il y a un an et je n'ai plus qu'un mot à dire : longue vie à Aila.


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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Réveillée la première, Aila s’habilla rapidement, s’épargnant ainsi la gêne du soir précédent. Elle descendit au réfectoire et s’installa pour manger seule. L’image de la petite fée ne cessait de hanter ses pensées qui s’égaraient en permanence vers le livre rangé dans son sac. Seulement, elle allait partir ce matin et ne se sentait pas capable de se lancer maintenant dans l’inconnu. Petit à petit, les autres membres du groupe arrivèrent, certains comme Pardon et Avelin, pas tout à fait réveillés.

Aila regagna la chambre pour y récupérer ses affaires avant de redescendre vers la cour et préparer Lumière. Par les fées, Lumière ! Elle avait complètement oublié de s’occuper d’elle hier ! Elle se pressa, prête à réparer sa défaillance, mais Bonneau avait paré à tout en lui brossant et lustrant sa monture ; des sabots impeccables, une crinière et une queue parfaitement démêlées, qu’elle était magnifique… ! Aila enfila bride et sangles, plaça tapis et selle, découvrant avec plaisir que le premier avait été nettoyé ; la seconde cirée. Elle fixa les sacoches sur les côtés, la couverture et sa pèlerine à l’arrière, le sac avec son arc démonté par-dessus. Elle entendait les autres combattants arriver peu à peu et, comme elle, charger leurs chevaux. Dans le petit matin, l’écho de tous les bruits de sabots et de métal résonnait sourdement à ses oreilles. Avec soulagement, elle aperçut Aubin qui filait vers la stalle de Tempête. Il avait pris la décision de venir avec eux, même s’ils allaient se quitter dès le départ, lui se dirigeant vers Avotour avec sire Avelin et elle à l’opposé vers Escarfe. Mais ils se reverraient bientôt.
— Dehors et en selle ! cria Hubert.
Aila enfila son sac sur le dos, entraîna Lumière par la bride et sortit de l’écurie. Elle vérifia la sangle et les étriers, puis enfourcha son cheval. Le prince enchaîna :
— N’oubliez pas ! Rendez-vous dans trois mois au plus tard au château d’Avotour. Soyez prudents, diligents et revenez !
Il tourna son regard vers Aila.
— Nous y allons, ajouta-t-il, éperonnant sa monture.
D’un geste bref, elle salua d’abord Aubin, puis tous les autres membres du groupe, jeta un dernier coup d’œil à la ronde et poussa Lumière pour un petit trot, le temps de rattraper Hubert. Elle ne se retourna pas, malgré l’irrésistible envie d’entrevoir la silhouette de Bonneau, de dame Mélinda ou même d’Hamelin. Pourtant, elle n’en doutait pas, ils la regardaient partir, dissimulés derrière une fenêtre ou dans le renfoncement d’une porte.

Le moins que l’on puisse dire fut qu’Hubert ne disserta guère. De toute la matinée, il n’échangea pas trois mots avec Aila, décidant seul du chemin à suivre, sans autre information. Devant cette attitude qu’elle réprouvait, la jeune fille s’enfonça dans un mutisme boudeur. Malgré cela, elle restait vigilante. Elle observait les traces sur la route, écoutait la forêt à l’affût de bruits ou de silences anormaux. Elle déduisit de la position du soleil qu’ils se dirigeaient vers le nord, alors que l’Escarfe était située plutôt à l’ouest, mais le prince avait parlé d’une autre ville, Guestain. Le midi, ils mangèrent, sans échanger le moindre mot, de la viande séchée, du fromage et du pain, avant de repartir. L’après-midi passa au rythme des pas des chevaux et quand la nuit commença à tomber, elle ne savait toujours pas où ils dormiraient. Décidée à ne surtout pas intervenir, elle fut soulagée à la vue des lumières d’un village au détour d’un chemin. Hubert dévia leur route vers une auberge qu’elle apercevait. Une fois leurs affaires récupérées, ils laissèrent leurs montures au garçon d’écurie et entrèrent dans la maison. Il commanda à manger pour les deux sans se préoccuper de son avis, mais au final, le choix se révéla judicieux et elle avala avec plaisir la soupe chaude et parfumée. Le repas terminé, le prince, suivi d’Aila, monta dans la chambre pour en ressortir quelques minutes plus tard, Aila toujours sur ses talons.
— Mais que faites-vous ? s’agaça-t-il, en se retournant vers elle.
— Je vous suis ! Je suis votre garde du corps, il me semble !
— Ah !… Inutile, je vais au coin d’aisance…, précisa-t-il, gêné.
— Ahhh ! se contenta-t-elle de répondre, avant de pouffer de rire dès qu’Hubert eut refermé la porte.
Elle s’allongea sur le lit tout habillée, décidée à ne plus quitter sa tenue en cuir et attendit son retour pour mettre sa couverture et s’endormir, une vague lueur dorée flottant dans ses pensées…

Le lendemain fut aussi réjouissant. Hubert ne prononçait une parole que s’il ne pouvait faire autrement, c’était-à-dire pratiquement jamais, et Aila s’occupait en vérifiant ses connaissances sur les plantes. Cette activité la maintenait éveillée et entretenait sa vigilance, alors que, malgré tout, elle s’ennuyait ferme. Ce soir-là, petit changement, ils dormirent dans la forêt. Si elle l’avait fait régulièrement, elle sentit plus de flottement chez le prince qui, moins habitué qu’elle aux bruits nocturnes des bois, semblait plutôt nerveux. Mais il ne se plaignit pas. Elle s’amusa de le voir regarder du coin de l’œil, l’air de rien, comment elle installait son lit, montait le feu… Ayant oublié de renouveler leur réserve de nourriture, le repas, plus que frugal, poussa Aila, tant pour le punir de son silence que pour le faire saliver, à annoncer sarcastique :
— Si vous m’aviez dit que nous allions dormir en forêt et que nous n’aurions rien à manger, j’aurais tiré un lapin. Nous en avons croisé beaucoup dans l’après-midi. Imaginez-le doré à la broche, parfumé d’herbes sauvages…
Hubert lui lança un coup d’œil noir. Et pourtant, il avait les yeux bleus, mais à cette heure-là, tous les chats étaient gris ! Elle s’enroula dans sa couverture, la faim lui tenaillant le ventre, furieuse de l’imprévoyance d’Hubert.

Au réveil, point de petit déjeuner et il fallut attendre les premières maisons qu’ils rencontrèrent pour acheter du pain, du fromage et des pommes. Le trajet se poursuivit toute la matinée jusqu’à la ville de Guestain où elle comprit qu’ils étaient enfin arrivés à leur première étape. Jusqu’à présent, elle avait réussi à occulter la pensée de son futur déguisement en fille. Mais, à cet instant, l’idée lui revint de plein fouet et elle maudit, chaque seconde un peu plus, le prince qu’elle tenait pour responsable de ce plan génial. Ils pénétrèrent dans la cour d’un hôtel particulier. À peine descendu de cheval qu’hôte et hôtesse se pressaient à la porte pour les accueillir.
— Hubert, quel plaisir de te voir ! s’exclama Henri.
— Henri, Éléonore, je suis si heureux de vous retrouver !
— Hubert, cela fait si longtemps, exprima Éléonore avec l’ombre d’un regret dans la voix.
Le prince s’inclina et baisa la main qu’elle lui tendait.
— Chère Éléonore, le temps n’a aucune prise sur vous. Henri doit être le plus heureux des hommes, lors de son réveil, chaque matin, auprès de la plus belle femme au monde.
« Pouah ! Et en plus, il débite des galanteries écœurantes », pensa Aila, de plus en plus fâchée.
— Rentrons, nous serons mieux à l’intérieur, proposa le dénommé Henri.
— Cher ami, intervint Éléonore dont le regard s’attardait sur Aila, il me semble que, par erreur, vous ayez omis de nous présenter la dame qui vous accompagne.
De bonne grâce apparente, il s’exécuta :
— Tout à fait. Distrait par le plaisir de vous revoir, je manque à tous mes devoirs. Je vous présente Aila Grand.
— Grand comme Barou Grand ? questionna Henri.
— Effectivement, c’est sa f… Enfin, c’est la fille de son frère.
— Votre oncle est un grand homme, mademoiselle.
— Oui, à ce que l’on m’a dit, répondit-elle, froidement.
Éléonore se permit un regard interrogateur, mais ne chercha pas à en savoir plus et invita tout le monde à rentrer. À la servante qui les attendait, elle demanda :
— Ada, voulez-vous montrer à nos visiteurs les chambres que nous leur avons réservées ?
Elle ajouta pour ses invités :
— Nos serviteurs vont vous apporter vos affaires sous peu. Prenez le temps qui convient pour vous rafraîchir. Nous dînerons normalement dans un quart de cloche et nous pouvons repousser cette heure si vous le souhaitez.
— Merci, Éléonore. Cela suffira amplement pour nous préparer et vous rejoindre dans la salle à manger.
Ada les guida dans les escaliers et les couloirs avant de leur montrer deux chambres, voisines. Tout en la suivant, Aila imaginait déjà qu’elle allait dormir dans une pièce minuscule, tandis que sire Hubert se pavanerait dans une autre, luxueuse. Cependant, elle ravala sa médisance au seuil de la pièce qui s’ouvrit devant elle, coquette et agréable, comme celles des filles de dame Mélinda. Elle n’en avait jamais rêvé et, pourtant, s’y retrouver comme invitée avait quelque chose de rassurant, presque enivrant.

Après un brin de toilette, Aila décida de se changer. Entre ses affaires, elle en découvrit d’autres, toutes neuves qui provenaient sûrement de la châtelaine d’Antan. Celle-ci avait probablement chargé Aubin de les enfouir au milieu du reste. Ce dernier geste d’affection lui serra le cœur, mais elle évita de s’attarder sur ce qu’elle ressentait, elle avait laissé trop de gens derrière elle… Elle revêtit un pantalon à la mode d’Aila, comme ceux qu’elle avait transformés quelques années plus tôt et dont dame Mélinda s’était inspirée, et une nouvelle chemise. Décidément, même de loin, l’amie de sa mère veillait sur elle… Un coup sec fut frappé à la porte et, l’ouvrant, elle découvrit Hubert :
— Il est temps de rejoindre nos hôtes.
Aila sortit et referma sa chambre sans un mot, attendant le début de sa descente pour lui emboîter le pas. Le mouvement d’humeur imperceptible d’Hubert ne lui échappa pas. Si le silence qu’elle lui renvoyait commençait à l’irriter, très bien ! Il l’avait bien cherché ! Elle allait continuer et tant mieux quand il craquerait ! D’abord, c’était lui qui avait débuté ! Elle le suivit jusqu’à la salle à manger où patientaient Henri et Éléonore.

Le repas se déroula très agréablement. Henri et Éléonore, hôtes charmants, drôles, intéressants, évoquaient inlassablement des anecdotes piquantes, croustillantes, voire hilarantes, provoquant sourires et rires. Aila goûtait tous les plats et se régalait ! Le cuisinier du château d’Antan devrait vraiment venir prendre des cours ici. Quand le dessert arriva, elle crut qu’elle allait éclater tant elle avait englouti de mets. Malgré tout, elle se dit qu’il lui resterait bien encore une petite place pour lui, l’arôme qui s’en échappait lui mettant l’eau à la bouche.
— Il me semble que vous avez beaucoup apprécié la cuisine de notre maître queux, commenta Éléonore.
— Oui, elle est succulente !
— Êtes-vous une fine connaisseuse ?
Fixant Éléonore, Aila essaya de distinguer une moquerie quelconque dans ses propos, sans en découvrir.
— Non, Bonneau cuisine plutôt honnêtement, mieux que le cuisinier du château en tout cas ! Il manifeste un goût de bon aloi, mais ne dispose pas d’assez de loisirs pour mijoter des plats aussi raffinés…
— Vous appelez votre père Bonneau ?
— Oh ! c’est un peu compliqué, dame Éléonore…
— Aucun souci, vous m’expliquerez cela une autre fois si vous en avez le temps et le désir. Cher Hubert, quand comptez-vous repartir ?
— Le carrosse et la garde-robe sont-ils arrivés ?
— Oui, le carrosse, il y a deux jours et les malles hier. Blaise et Élina ont bien travaillé, l’informa Henri.
— Alors, nous prendrons congé dès qu’Aila sera transformée en dame de la cour. Combien de temps cela nécessitera-t-il ?
— Une demi-matinée suffira, vous pourrez vous éclipser juste après la deuxième cloche si les bains sont pris ce soir.
— Excellente suggestion, nous pourrons ainsi nous mettre en route en milieu de matinée demain, conclut-il.
À l’idée de ce qui se profilait, Aila se renfrogna.
— Cela n’a pas l’air de vous plaire jeune fille. Ressembler à une dame peut devenir une expérience enrichissante, même si cela ne correspond pas à votre choix de vie. Et puis, elle ne sera que temporaire, renchérit Éléonore, conciliante.
— Vu sous cet angle, je ne peux qu’être d’accord avec vous.
— Je vous prêterai ma camériste, une véritable reine en la matière : elle me permet d’offrir à mes hôtes l’illusion de la jeunesse éternelle, conclut-elle, en riant. Elle pourra aider Élina, votre suivante, certes fort gentille, mais d’une compétence, pour l’instant, à parfaire dans le domaine de la coquetterie.
Par les fées, elle allait disposer d’une suivante… Elle n’avait pas encore réalisé tous les bouleversements qu’entraînait le fait de devenir une dame ; elle sentit ses épaules s’affaisser un peu plus… Éléonore reprit :
— Demain matin, nous commencerons les préparatifs avant la deuxième cloche. Cela vous convient-il ?
Aila opina, avec un soupçon d’inquiétude.
— Très bien. Mais je bavarde et vous devez être lasse. N’hésitez pas à vous retirer quand vous le souhaitez. J’appellerai Élina pour qu’elle vous prépare un bain.
Son ventre bien rempli, Aila sauta sur l’occasion de s’isoler, salua la tablée et remonta vers sa chambre. Un feu crépitait dans la cheminée. Décidément, Henri et Éléonore étaient des hôtes parfaits. Elle s’assit, laissant les flammes chauffer son corps et son esprit vagabonder… Venant la chercher pour l’emmener au bain, Élina la tira de sa rêverie. Elle entra dans l’eau très chaude, tandis que sa suivante la traitait aux petits soins. Gentille, discrète et pleine de bonne volonté, elle lui déversait sans cesse des « dame Aila ». Elle passa beaucoup de temps sur ses mains de combattante pour leur redonner un aspect plus féminin. Séchée, les cheveux brossés, Aila rejoignit sa chambre, enfila sa chemise de nuit et se blottit dans un lit tout douillet, sous l’édredon en duvet. Comme elle eut vite trop chaud, elle laissa rapidement dépasser ses pieds à l’air, poussant un soupir de contentement. Alors qu’elle s’endormait tranquillement revint l’image de la petite fée qui lui parlait, mais elle n’entendait toujours pas ce qu’elle disait…

La matinée d’Aila fut très occupée. Elle commença par un petit déjeuner copieux, puis elle rejoignit sa chambre où elle découvrit la grande malle verticale qui avait été installée. Figée de stupeur, elle n’osa même pas s’en approcher et encore moins l’ouvrir. La camériste de dame Éléonore arriva à ce moment-là. Elle toucha doucement les mains d’Aila.
— Les armes et la vie de guerrière endommagent les mains d’une femme. Dame Éléonore m’a chargée de vous donner cette pommade. Mettez-en chaque fois que vous devrez serrer des mains en frottant vigoureusement. Pensez à laisser un peu de temps pour agir pour qu’elles paraissent bien douces. Maintenant, je vais vous montrer votre garde-robe.
La camériste ouvrit la grande malle, dévoilant six ou sept tenues magnifiques, des escarpins, puis commença à expliquer quand, comment et avec quoi Aila devait porter chacune d’entre elles, s’attachant longuement à lui présenter les bijoux. La jeune femme resta statufiée devant tous ces vêtements aux couleurs chatoyantes et aux tissus précieux ; cela ne pouvait pas lui être destiné… Elle n’avait même jamais passé la jolie robe que lui avait offerte dame Mélinda. La camériste, insensible à l’émoi d’Aila, continuait de discourir, tandis que, reprenant ses esprits, elle redevenait attentive, gravant chaque conseil dans sa mémoire.
— Pour aujourd’hui, je vous suggère cette robe, parfaite pour les voyages. Vous parviendrez avec elle au château d’Escarfe et lorsque vous vous changerez après votre arrivée, vous pourrez mettre celle-ci. Cependant, à votre première visite, vous devez absolument faire sensation. Votre suivante et moi allons vous arranger une coiffure seyante qui résistera aux cahots. Élina, aidez dame Aila à revêtir cette robe.
Complètement perdue, Aila se laissa manipuler.
— Marchez à travers la pièce pour que je voie ce que cela donne, requit la camériste qui l’observa d’un œil critique. Vous devez être une gracieuse combattante, car votre démarche apparaît souple et légère. Pensez à réduire la taille de vos pas et ce sera parfait. Venez vous installer devant le miroir, nous allons vous coiffer.
Aila s’assit et admira son reflet. Qui était la jeune fille en face d’elle ? Elle ne la connaissait pas, elle ne se reconnaissait pas, ce n’était plus elle… Elle essayait de s’accrocher à tous ses souvenirs pour ne pas se perdre, se répétant inlassablement qu’elle était Aila. Elle songea à Bonneau, à Aubin, à Lumière, mais sauraient-ils la reconnaître derrière sa nouvelle apparence ?
Sur les conseils de la camériste, Élina, précise et efficace, emmaillota rapidement un chignon dans une résille, tandis que quelques mèches, artificiellement folles, s’échappaient sur les côtés en boucles lâches et élégantes. Éléonore choisit cet instant pour entrer :
— Aila, venez vers moi… Vous êtes magnifique ! Je suis heureuse de voir que les tenues que j’ai retenues vous siéent à ravir ! J’avais raison de penser que vous valiez plus qu’une combattante. Il y a en vous plus de personnages que vous ne le croyez et peut-être certains dont vous ne vous doutez même pas… Vous ferez une promise tout à fait crédible pour Hubert.
Aila se raidit.
— Une quoi ?
Immédiatement, Éléonore saisit qu’elle avait commis une bévue et se mordit brièvement la lèvre.
— Je suis sincèrement désolée, je supposais que vous étiez dans la confidence…
— Sa promise !
D’un geste brusque, la jeune femme remonta sa robe, traversa la pièce en quelques enjambées et se présenta devant la chambre d’Hubert. Elle frappa pour la forme et ouvrit la porte avec fureur. Bouillant de colère, elle ne remarqua pas la surprise du prince quand il la découvrit, pas plus que les atours qu’il portait, dignes du rang qu’il tenait. Menaçante, elle avança vers lui, le forçant à reculer.
— Votre promise ! Je suis votre promise ! Quand pensiez-vous me mettre au courant ? Juste avant de descendre du carrosse à notre arrivée, vous m’auriez lâché ce petit détail de façon anodine !
— Aila, je vous en prie…
— Votre promise ! Non, mais je rêve… Vous passez trois jours sans m’adresser la parole, vous m’affamez parce que, habitué à votre confort, vous oubliez que la nourriture s’achète ! Je vous sers de poupée que vous faites habiller et coiffer pour plaire à un coureur patenté ! Mais si vous voulez le séduire, allez-y donc tout seul, je vous refile ma robe et mes souliers vernis, vous lui ferez les yeux doux et papillonnerez des paupières derrière la dentelle d’un éventail. Moi, je renonce !
— Aila, supplia Hubert une nouvelle fois.
— Taisez-vous, je n’ai pas fini. Depuis que je suis née, je n’ai jamais été qu’une ombre aux yeux de celui qui m’a donné la vie. Alors, ne pas exister, je connais cela par cœur. Mais vous ! Vous m’avez choisie pour vous accompagner, je n’ai rien demandé, moi ! Et sûrement pas d’être avec vous ! De tous ceux qui ont suivi le même chemin que moi, vous êtes le seul à ne pas m’avoir jugée digne de votre confiance et cela, je ne vous le pardonnerai jamais, vous entendez ! JAMAIS !
Hubert essaya de la retenir par le bras, mais, plus rapide que lui, elle s’échappa, retournant dans sa chambre. Il la rejoignit, tandis qu’elle s’asseyait devant son miroir, déjà occupée à défaire sa coiffure. Discrètement, Éléonore quitta la pièce avec sa camériste et Élina, refermant la porte derrière elles.
— Cessez vos enfantillages, nous remplissons une mission importante !
— Allez vous faire voir !
— Vous oubliez à qui vous parlez, je suis le prince Hubert !
— Prince, mon œil ! Bonneau en est un ! Il se conduit comme un homme digne et honnête, respectueux des autres et de la vie ! Vous, vous attendez juste qu’on vous lèche les bottes parce que vous êtes né avec une cuillère en or dans la bouche ! Vous croyez m’impressionner, même pas ! Trouvez-vous un autre larbin pour exécuter la sale besogne à votre place ou faites-le vous-même ! Quant à moi, je rentre à Antan !
La coiffure avait disparu et elle finissait de natter ses cheveux. Elle se leva et hurla :
— Sortez de ma chambre ! Je veux me changer et je n’ai pas besoin de partager cela avec vous ! Dehors !
Hubert hésita, puis modifia de tactique.
— Aila, je me suis conduit odieusement, je le reconnais, désolé. Je vous présente toutes mes excuses. Je ne recommencerai plus, je vous le promets. S’il vous plaît, écoutez-moi !
Elle se figea, s’astreignant à reprendre le contrôle de ses idées qui bouillonnaient dans sa tête et à calmer sa respiration.
— Je ne voulais pas mener cette mission, avoua Hubert, et pour plusieurs raisons : d’abord, parce que vous m’avez menti !
— Jamais !
— Si ! Quand vous m’avez raconté que vos amis et vous ne vous étiez pas concertés pour l’histoire des lits dans la chambre du conseil.
Elle sut tout de suite à quoi il faisait référence.
— Je vous ai dit la vérité. Tous ignoraient votre intention de dormir avec nous !
Il eut un éclair de compréhension…
— Mais vous, si…
— Moi, oui.
— Et ?
— Je les ai amenés où je le voulais. Aubin, qui me connaît bien et qui me voue une confiance aveugle, lui, au moins, a sauté à pieds joints où je désirais qu’il aille, suivi par les autres membres. Mais eux, je le réaffirme, ne savaient rien du tout.
— Mais pourquoi ? Le fait de dormir avec vous était anodin !
— Excellente question ! Pourquoi ? Si c’était aussi anodin que vous le dites, pourquoi nous l’avoir caché ? Et ne me racontez pas que vous l’avez décidé au dernier moment comme aux garçons ! C’est faux ! J’espère que vous réalisez que ce n’est pas moi qui suis prise en flagrant délit de mensonge, mais vous ! Vous jugeriez-vous encore moins digne de confiance que moi ?
Elle le fusilla du regard et Hubert accusa le coup.
— Et les autres raisons ? reprit-elle.
— Les risques que vous pouvez courir… Être la promise d’Avelin, qui ne peut hériter du trône, passe beaucoup plus inaperçu que celle du futur roi. La connaissance d’un projet de mariage en cours pourrait déplaire à beaucoup ; ceux ou celles qui espéraient encore peuvent choisir de libérer la place en se débarrassant de vous… N’excluez pas un empoisonnement, par exemple. Il faudra se montrer très vigilant. En arrivant à Escarfe, vous attirerez obligatoirement la convoitise de Barnais et l’attention de ceux qui ne veulent pas que vous deveniez reine. De plus, pour peu que Barnais vous désire avec un peu trop d’avidité, d’autres ennemis seront à craindre. Je déteste risquer la vie de mes hommes, euh, femmes. Enfin, vous comprenez.
— Et ?
— C’est tout. Après, ce ne sont plus que des interrogations personnelles sur la façon dont tout va se passer sur place. Alors, sans idées précises, nous aviserons là-bas. Aila, cette mission essentielle doit nous permettre de cerner au plus vite nos ennemis. J’aime mon pays et ses habitants. Mon père, en homme juste, gouverne pour le faire prospérer, même si en ce moment tout va de mal en pis. Des individus comme Barnais briguent le pouvoir sans tenir compte des autres. Si je ne deviens pas roi, ce n’est pas grave, mais en aucun cas je ne veux qu’Avotour échoue entre les mains d’énergumènes comme lui. Alors, venez avec moi… s’il vous plaît.
Elle réfléchit un instant :
— Oui, mais à une condition. Je deviens votre compagnon d’armes et je partage tout ! Si jamais vous m’ignorez ou me trompez à nouveau, je m’en vais. Est-ce bien clair ?
— Oui et je m’y engage.
— Rappelez Élina pour moi, je vous prie. Elle doit revenir me coiffer. C’est fou ce qu’il y a comme vent, même à l’intérieur des maisons.
Il s’inclina et partit à la recherche d’Élina. Après quelques pas, il lui transmit le message d’Aila et, songeur, poursuivit sa route, croisant celle d’Éléonore :
— Très cher Hubert, vous avez trouvé là une femme indomptable. Ne la perdez pas de l’œil, elle pourrait vous glisser entre les doigts…
— Je me débrouille très bien, Éléonore, s’offusqua-t-il, tandis qu’elle étouffait un petit rire discret
— Oui, j’ai vu cela… Un dernier mot cependant, je connais Barnais depuis longtemps, ce seigneur terriblement attirant n’a rencontré jusqu’à présent que des femmes arrivistes ou sans envergure. Aila va clairement détonner dans son paysage. Méfiez-vous de ce qui peut survenir, car votre promise, malgré votre aveuglement évident, a de quoi ravir le cœur d’un homme, et même peut-être plus d’un… À bientôt, mon cher ami.
Elle le quitta sur un petit sourire mi-figue mi-raisin. Il resta immobile, repassant dans sa tête tout ce qu’elle venait de lui dire, puis, la secouant comme s’il voulait se débarrasser de toutes ces idées incongrues, il retourna vers sa chambre.


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