Toutes les informations avec le ramdam de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy français

Note : 4.6 / 5 avec 261  critiques roman

Ramdam (buzz) autour de la saga de fantasy d'Aila

Veuillez nous excuser si certains liens ne sont plus d'actualité ; ainsi va le monde de la fantasy !

fin janvier 2012 : le site Dol Celeb crée trois pages : le blog actu, le forum et les messages de bienvenue.

29 février : le site UPblisher affiche le slider qui annonce la parution d'Aila et la Magie des Fées.

4 mars : le forum lire-numerique.com offre une tribune aux auteurs qui permet de partager l'univers d'Aila.

5 mars : le site UPblisher offre en lecture et téléchargement gratuits le prologue et le chapitre un.

15 mars : Wikipedia indique Catherine Boullery et son roman dans la liste des romans de fantasy.

17 mars : commentaire à propos de l'article Estimations et projections sur le marché du livre numérique en France.

19 mars : le site Dol Celeb relaie le concours organisé par UPblisher.

20 mars : commentaire à propos de l'article Comment développer le livre numérique en France ?

20 mars : commentaire à propos de l'article Le livre électronique prend beaucoup de retard en France.

22 mars : Radio Soleil fait référence à Aila et la Magie des Fées.

22 mars : commentaire à propos de l'article 90% des Français réfractaires à l'ebook… pour l'instant..

23 mars : UPblisher affiche la couverture d'Aila et la Magie des Fées sur Flickr.

28 mars : commentaire à propos de l'article Des livres électroniques sans éditeur.

3 avril : Livraddict publie la fiche du livre.

7 avril : La Buzzteam donne un lien vers Alerte Google - À lire.

7 avril : Idboox dévoile une autre façon de lire en numérique un livre de Fantasy.

8 avril : Rongeuse de livres donne son avis ici et .

10 avril : commentaire à propos de l'article L'ebook, de plus en plus immersif.

10 avril : Books online to read free announces the release of Aila and the Magic of the Fairies. Kurthalaw Firm gives More details.

15 avril : Le 102ème Blog (Le 102 B.) présente le livre.

15 avril : Twilight le Fruit Défendu livre une courte présentation du roman.

16 avril : Purefans fait une brève à propos de la saga d'Aila.

17 avril : Paperblog crée une page pour la saga d'Aila.

21 avril : commentaire à propos de l'article Kobo veut faire participer les auteurs avec Kobo Pulse dans le site ebouquin.fr.

24 avril : l'annuaire Costaud.net publie la fiche du site de fantasy.

25 avril : l'annuaire WebFrance publie la fiche du site de fantasy.

27 avril : le forum Dol Celeb poste l'avis d'un lecteur (vers le bas de la page).

4 mai : l'annuaire El Annuaire publie la fiche du site de fantasy.

8 mai : Le site Aila et la Magie des Fées, livre de fantasy, est listé dans la catégorie Littérature : Bibliothèque numérique de l'annuaire Youtube mp3.

14 mai : le site du Lycée français International Marguerite Duras de Hô Chi Minh-Ville – Vietnam - annonce la sortie du livre de fantasy sur le site liensutiles.fr (presse française).

15 mai : en marge de l'investiture du nouveau président de la République, Ervael, animateur du forum Dol Celeb livre sa critique du livre de fantasy.

5 juin : publication par la mairie de Sartrouville de l'affiche du Salon du livre du 24 juin 2012 auquel la romancière participera pour dédicacer son livre. Venez nombreux…

6 juin : publication par la mairie de Sartrouville du Journal de Sartrouville (numéro 92) de juin 2012 avec un article sur le Salon du livre du 24 juin 2012 et un encart Quand l'e-fantasy s'invite dans un monde de gourmandises à propos de la romancière et de son livre.

6 juin : publication par Le Courrier des Yvelines (numéro 3496) du 6 juin 2012 de l'article Avec Catherine Boullery, l'heroic fantasy passe sur le net.

11 juin : offre de téléchargement de l'article de l'hebdomadaire Le Courrier des Yvelines sur le site Pickanews.

4 juillet : compte-rendu en images du Salon du livre de Sartrouville - juin 2012 pendant lequel la romancièrete a dédicacé des dizaines de romans (papier) à ses fans.

13 juillet : le site Dol Celeb propose deux images dans lesquelles Aila et la Magie des Fées apparaît en troisième position : complainte de Dol Celeb recto et verso.

Août : le site The Age of Light and Darkness écrit dans sa rubrique On les aime ! : Découvrez et appréciez l'univers fantasy d'Aila, par Catherine Boullery : L'univers d'Aila.

28 Août : le site BookNode référence le roman et le premier lecteur met 7/10 avec le commentaire suivant : Un super livre de fantasy écrit par ma prof de physique-chimie…

10 octobre : la romancière est première ex aequo au concours organisé par le forum de Dol Celeb.

12 novembre : apparition sur le forum liensutiles.fr dans la rubrique magie.

23 novembre : article dans evene.fr : Bientôt le tome 2 de la saga de fantasy d'aila.

21 décembre : le forum ActuSF annonce la sortie du tome 2 : La Tribu Libre, mais aussi d'autres sites et forums. La liste est longue…

21 décembre : la saga de fantasy est désormais disponible dans l'iBookstore pour iPhone et iPad.

21 décembre 2012 : le site evene.fr annonce la sortie du tome 2 de la saga de fantasy d'aila.

12 janvier 2013 : la saga de fantasy est aussi disponible sur Amazon pour le Kindle.

7 février : le site Khimaira a créé une page pour Aila et la Magie des Fées.

14 février : publication par Le Courrier des Yvelines (numéro 3530) du 14 février 2013 de l'article Aila poursuit ses aventures sur le net.

29 avril : le site UPblisher lance un concours qui permet de gagner des ebooks, dont Aila et la Magie des Fées.

7 mai : encart dans Le Journal de Sartrouville (numéro 96) de l'article Aila revient ! pour annoncer la participation de la romancière au Salon du livre pour la jeunesse de Sartrouville.

13 mai : Parution de l'affiche du Salon du livre sur le site de la mairie de Sartrouville.

23 mai : Parution du flyer du Salon du livre distribué par la mairie de Sartrouville.

12 juin : Le site maxicheque.com distribue les ebooks de la saga d'Aila.

8 juillet : Les blogueurs du site UPblog partage l'interview de l'auteure de fantasy Catherine Boullery.

15 juillet : Le blog Slide at Work - le blog : Présentations mode d'emploi fournit ses recommandations de lecture pour l'été.

1 septembre : Le forum e-LIRE (le coin des dévoreurs d'ebooks !) accueille la présentation de l'auteure de fantasy.

18 septembre : La MAIF (assureur militant) recommande La Tribu Libre dans sa sélection littéraire de septembre 2013.

1 janvier 2014 : La première tentative de piratage a été détectée sur un site québecois. Est-ce de bon augure ?

20 février : Amazon fait de la publicité par mail pour les trois ouvrages de la saga. Les ventes décollent en conséquence.

10 mars : publication par la mairie de Sartrouville du Journal de Sartrouville (numéro 100) de mars 2014 de l'article « Ça bouge ! » sur la saga d'Aila :Le tome III est dans l'e-bac pour son dernier roman qui sera dédicacé lors du Salon du livre du 15 juin 2014.

4 mai : lancement de la campagne de financement participatif pour développer les versions papier, participer à des Salons, faire une figurine. Déjà affichée avec 27 % de dons recueillis.

8 mai : la campagne de crowdfunding est classée première en popularité parmi les projets littéraires.

10 mai : Parution de l'affiche du Salon du livre sur le site de la mairie de Sartrouville.

13 mai : le site Good Morning Crowdfunding annonce comme projet du jour la campagne de financement participatif.

28 mai : Parution du flyer du Salon du livre distribué par la mairie de Sartrouville.

3 juin : Parution d'un article pour le Salon du livre avec la saga d'Aila (bas de la page 3) dans le numéro 102 du Journal de Sartrouville distribué par la mairie de Sartrouville.

5 juin : un bel article sur la saga d'Aila de Catherine Boullery et le financement participatif sur le site IDBOOX.

6 juin : un billet sur la saga d'Aila de Catherine Boullery et le financement participatif sur le blog Biblioworld (blog d'informations sur le livre et les bibliothèques - Présentation de livres et d'e-books).

6 juillet : présence de la romancière dans la liste des auteurs français de romans de fantasy de wikimonde.

28 juillet : Aila et la Magie des Fées est en vente sur Kobo.

22 août : La Tribu Libre est en vente sur Kobo.

26 août : L'Oracle de Tennesse est en vente sur Kobo.

1 septembre : L'auteur de fantasy Catherine Boullery est visible sur le site de la FNAC ainsi que ses trois romans Aila et la Magie des Fées, La Tribu Libre et L'Oracle de Tennesse.

5 septembre : L’opération MalEbooks confirme que 48 liseuses mettront gratuitement à disposition d'enfants maliens la saga d'Aila.

10 septembre : L'éditeur UPblisher lance un concours sur la saga d'Aila avec liseuse et ebooks de fantasy à gagner.

12 septembre : L'éditeur UPblisher publie une vidéo sur la saga d'Aila.

22 septembre : Le site IDBOOX écrit un article à propos de l'éditeur UPblisher qui multiplie les canaux de vente de la saga d'Aila.

1 octobre : Le site monBestSeller publie un article Ebook, édition papier : le crowdfunding pour les auteurs qui dépeint Catherine Boullery comme une auteure de fantasy pionnière.

5 octobre : Thean-chan nous offre sa représentation d'Aila.

22 octobre : Le site monBestSeller publie un article Publier un livre. Comment approcher le crowdfunding ? #1.

29 octobre : Le site monBestSeller publie un article Comment publier un livre ? Le crowdfunding, une vraie solution #2.

5 novembre : Le site monBestSeller publie un article Comment publier un livre ? Le crowdfunding, une vraie solution #3.

7 février 2015 : Le site IDBOOX publie une interview de Catherine Boullery à propos de la sortie de son tome 4 - La Dame Blanche.

15 février : L'événement #jedeclaremaflamme a déclenché 16 mentions #jedeclaremaflamme à Catherine Boullery.

24 février : Flux-info.fr/blog publie un lien pour l'opération #jedeclaremaflamme à Catherine Boullery.

5 juin : Le Journal de Sartrouville, n° 107 de juin 2015 fait paraître un encart sur La Dame Blanche à l'occasion du Salon du livre de Sartrouville.

25 août : Le site monde fantasy.com/ annonce la promotion sur le tome 1 Aila et la Magie des Fées.

30 août : Le site Le 1er septembre, j'achète un livre de SFFFH annonce l'événement Le 1er septembre, j'achète un livre de SFFFH.

1 septembre : Catherine Boullery et l'éditeur UPblisher participent à l'événement L'Invasion des Grenouilles 2015.

6 septembre : Le site e-guide de rêve donne son avis sur le tome 1.

6 septembre : Inattendu : ملحمة ايلا، كاثرين Boullery، والخيال المؤلف.

23 octobre : Le magazine Reflets publié par ESSEC Alumni ouvre une colonne à Catherine Boullery et Aila et la Magie des Fées.

14 décembre : Grâce à Discussions Auteurs/Lecteurs, des lecteurs peuvent dialoguer avec la romancière de fantasy.

15 décembre : Dernier roman de fantasy de l'auteure avec 3 autres écrivains : Le Cercle des Élus T1 Impulsion

10 juillet 2016 : Article de Virginie dans le blog Au fil de l'imaginaire.

6 septembre : Bookeen fait sa Une sur les romans de fantasy et publie une interview de Catherine Boullery.

Janvier - février 2017 : Le blog Lectures fantastiques publie une série de reportages sur les romans de fantasy de Catherine Boullery.


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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

Comment aurait-il pu lui expliquer que le labyrinthe avait délibérément provoqué sa propre situation pour l’ébranler en profondeur, lui révéler un avenir qu’il refusait d’envisager, celui qui l’unirait à une femme ? Il avait toujours conçu son existence comme celle d’un loup solitaire, dénuée d’amour ou de sexe, exactement ce que ce monde maudit l’avait obligé à découvrir, probablement pour générer des doutes ou faire naître en lui des regrets déstabilisants. Décidément, décelant leur pire fragilité, ce lieu s’ingéniait à l’utiliser contre eux. Quoique… Cette plongée dans ce futur éventuel l’avait aussi amené à affronter son isolement physique et affectif, sa vie d’ermite soi-disant choisie pour mieux se confronter à ses propres insuffisances, un voyage perturbant qui montrait les failles de l’unique passion qu’il comptait vivre : celle qui le liait à la magie… Elle lui avait également démontré qu’il pouvait s’attacher à un être de chair et de sang tout autant qu’éprouver des sensations incomparables, organiques ou émotionnelles. Mais avec Merielle ! Comment ce labyrinthe avait-il pu salir de cette façon leur belle amitié, une relation si pure et chaste ? Résolument, il chassa ces souvenirs, il ne se sentait pas prêt à abaisser les barrières savamment érigées pour protéger son cœur et enfermer son corps. Il reprit :
– Inutile de t’énerver. Rien dans la façon dont ce lieu agit n’est anodin. Regarde ! Papa n’a pas disposé du délai nécessaire pour partager son expérience avec nous, alors que, pourtant, le sablier ne s’était pas totalement vidé. Vois le bon côté des choses, même sans ses confidences, tu es arrivée à retourner la situation.
– En poussant Sekkaï à se tuer pour me sauver !
– J’en suis sincèrement désolé pour toi. Cependant, grâce à son sacrifice, nous avons franchi une étape supplémentaire. Sans toi et sans lui, nous ne serions pas parvenus ici…
– En fait, la seule responsable de tout ce bazar, c’est la magie ! continua-t-elle, exaspérée. Sans elle, cette aventure n’aurait jamais existé !
Tristan fronça les sourcils.
– Je comprends que mes propos puissent te déplaire, mais réfléchis, sans elle, pas de porte ! Sans elle, tu en serais probablement encore à te disputer avec maman pour affirmer ton territoire parce que notre quête n’aurait jamais eu lieu. Et aurais-tu découvert que le prince pouvait devenir plus que ton adversaire de prédilection ?
– Et alors ? Au moins, ce quotidien, je l’aurais choisi sans être emprisonnée ici, peut-être jusqu’à la fin de mes jours ! Enfin, s’il me conserve en vie aussi longtemps…
– La magie n’est pas responsable des projets de ceux qui l’utilisent, elle ne représente qu’un outil.
– Tu parles ! Avec un kenda, tu peux tuer, mais dans un combat régulier, au corps-à-corps, où le meilleur emporte, tandis qu’avec elle tu peux détruire des personnes par dizaines ou centaines, quelle que soit leur valeur, ça fait une sacrée différence ! De plus, il n’y a qu’à vous regarder tous autant que vous êtes, toi qui vis en tête à tête exclusif avec elle depuis l’enfance, papa qui semble la redouter et maman qu’elle hante malgré elle ! Ose encore me dire qu’elle se comporte comme un banal outil !
Ses relations avec cette entité s’avéraient si intimes que Tristan s’aperçut que mettre des mots sur l’essence même de celles-ci ou les exprimer exigeait de lui de réels efforts. Une symbiose aussi étroite se partageait difficilement… – Non, bien sûr… Mais elle possède une sensibilité que tu peux à peine imaginer, délicate, frémissante, mais parfois excessive. Par nature, elle est bienveillante, mais l’homme, en fonction de ses objectifs, parvient à la pervertir, malgré elle.
– Comment justifier alors qu’elle en soit réduite à se soumettre à n’importe qui ?
– Parce qu’elle n’est pas toute puissante ! Bien qu’offrant d’incroyables pouvoirs aux personnes qui se lient à elle, elle reste façonnable par leurs esprits. Pour un être animé de bonnes intentions, elle se dévoile dans toute sa splendeur, mais, a contrario, se révèle une arme terriblement dangereuse entre les mains d’un prédateur.
– Et, dans ton cas, Tristan, quand je discerne le poids qu’elle fait peser sur tes épaules par moment, en dépit de son soi-disant altruisme envers les gens, peux-tu vraiment affirmer qu’elle est indolore pour des êtres généreux ?
Son frère la fixa. Il ouvrit légèrement la bouche pour répondre avant, finalement, de préférer le silence. Non, la magie ne se comportait pas comme une entité quelconque, insipide ou insignifiante. Imprévisible, sensible, surprenante, elle s’insinuait dans la vie d’une personne et, de manière contradictoire, ne la laissait plus en paix tout en lui apportant plus que n’importe qui… De nouveau, la question se posait à propos de son aptitude à vivre avec ou sans elle. Survivrait-il à son absence ? Et, pourtant, grâce au labyrinthe, il savait à présent qu’une seconde voie pouvait advenir, différente de celle où il se consacrait totalement à elle. Encore une fois, incapable de l’envisager, il rejeta cette troublante éventualité.
– Ton silence représente une réponse claire, conclut Naaly dans un murmure.
– Ce n’est pas si simple, objecta Tristan. Elle exerce une telle fascination…
– Tout ce qui brille n’est pas d’or. Parfois, même pour une richesse exceptionnelle, le prix à payer paraît trop exorbitant pour se révéler acceptable d’autant plus si elle te prive d’une partie de ta liberté.
– Mais, parallèlement, envoûtante et unique, elle ouvre tes perceptions vers des voies inaccessibles aux communs des mortels.
Naaly secoua la tête. Tristan ne l’avait pas convaincue. Finalement, demeurer une personne banale ou presque pouvait suffire et elle s’en contenterait. Elle reprit :
– Tu ne trouves pas que papa tarde un peu ?
Tristan haussa les épaules. Connaissant sa sœur par cœur, il se doutait que, dans un moment, elle se lèverait et proposerait de partir le rejoindre. Conformément à son intuition, elle se redressa presque aussitôt.
– Allons vérifier qu’il ne serait pas tombé dans les rets de ce monde trompeur. Tu viens ?
– Il nous a dit de l’attendre.
– Oui, mais il n’est toujours pas revenu, insista-t-elle.
Après tout, peut-être avait-elle raison. Tant de pièges émaillaient cet univers à mille facettes ; contrôler que l’un d’entre eux ne se serait pas refermé sur lui pourrait se révéler judicieux.
– D’accord. Je dessine un message dans le sable pour lui donner la direction que nous prenons à défaut d’une heure quelconque.
– Bien ! À droite ou à gauche ?
Son frère la fixa, surpris.
– Je croyais que tu voulais aller à sa rencontre.
– Bien sûr ! Mais s’il achève le tour de l’île, il devrait réapparaître par là, précisa-t-elle en indiquant un point derrière lui.
Silencieux, Tristan l’observa longuement, conscient que même un choix aussi simple l’abandonnait indécis. Il finit par annoncer :
– Je préfère que nous le suivions. Si jamais il rebrousse chemin, parce que le lieu est plus grand qu’il le paraît, nous risquons de retarder un peu plus nos retrouvailles.
– D’accord. En route !
En dépit de l’énergie que sa sœur avait cherché à insuffler par son ton, en se redressant, Tristan se rendit compte de la fatigue qui s’était abattue sur lui pendant leur pause, accentuée par la lourdeur de l’air. Ce monde ne cesserait donc jamais de les surprendre… Comme Naaly, il appréciait de moins en moins cette moiteur qui pénétrait leurs vêtements depuis qu’ils avaient abordé la rive. En silence, harassés et oppressés par l’ambiance pesante, ils suivirent les traces de leur père, chaque mouvement exigeant d’eux un effort réel.

◎ ◎ ◎

Pardon n’en finissait plus de découvrir des plages qui se succédaient, si semblables entre elles que se repérer devenait compliqué, voire impossible. Il savait qu’il devait faire demi-tour pour rejoindre ses enfants, mais, animé par un espoir insensé, il ne pouvait s’empêcher de pousser toujours plus loin son exploration, convaincu que la prochaine d’entre elles lui apporterait les réponses nécessaires. Alors, porté par cet unique objectif, il marchait et marchait encore. Cette fois-ci, de gré ou de force, il sortirait Naaly et Tristan de cet enfer bleu. Mais comment ? Il avait beau examiner le paysage, chercher au-delà de ces fameuses apparences, il ne voyait, d’un côté, qu’une mer infinie et, d’un second, des arbres en rangs si serrés que se glisser entre eux semblait irréaliste. Il s’immobilisa. Comment avait-il pu passer à côté de cette possibilité ? Peut-être grimper sur l’un d’entre eux lui permettrait-il d’y voir plus clair ? Il observa la haie de fûts, mais aucun ne parut d’une taille suffisante pour lui offrir la perspective souhaitée. Il devait avancer encore pour en trouver un plus approprié. Remettant à plus tard l’éventualité de retourner sur ses pas, il se dirigea vers la plage suivante. De toute façon, à force de tourner autour de cette île, il parviendrait bien à les retrouver tôt ou tard…

◎ ◎ ◎

De façon inattendue, Naaly se figea.
– Que faisons-nous ? demanda-t-elle avec lassitude.
Tristan réprima un soupir. Accablé par l’impression probablement erronée d’être reparti depuis des heures, il marchait mécaniquement et le brusque arrêt de Naaly venait de lui enlever toute motivation pour continuer. Complètement épuisé par l’effort, il résista à l’envie de se laisser tomber sur le sable et de s’y coucher, principalement retenu par le souvenir de s’être endormi avec son père et sa sœur dans un monde précédent. Si sa mère ne les avait pas réveillés, ils y seraient restés pour l’éternité…
Une question, la première depuis longtemps dans son cerveau inactif, fusa. Obligatoirement, ils ne devaient pas avoir été les seuls visiteurs de cet étrange endroit, mais alors où reposaient les corps de ceux qui avaient échoué à le traverser ? Retournaient-ils dans les cocons de la grande salle plongée dans les ténèbres ou le labyrinthe parvenait-il à les escamoter d’une façon ou d’une autre ? La première éventualité signifierait l’existence de passerelles qui, habilement dissimulées, relieraient les différents univers entre eux. Donc ce lieu devait lui aussi en détenir une… Cette déduction fort intéressante pourrait changer leur perception du paysage et l’objectif de leur recherche. Il songea à s’en ouvrir à sa sœur, mais le courage lui manqua.
– Demi-tour ? proposa-t-il, économe en mots.
– Non, viens.
Tristan croisa brièvement son regard, puis l’observa repartir. En dépit de leur fatigue et de leur désir de renoncer, dans les yeux de Naaly brillait toujours l’étincelle d’une inébranlable volonté. Bien qu’à deux doigts d’abandonner, elle conservait encore l’énergie de résister. Il lui envia ce courage qu’elle possédait et qui l’avait déserté. Une conviction intime naquit en lui : ce monde l’éliminerait au prochain tour… Mais, alors, pourquoi sa mère avait-elle quitté leur groupe en premier ? Plus forte que tous, elle avait surmonté toutes les épreuves en préservant son altruisme intact. Sauf si les derniers écueils croisés avaient usé les ultimes parcelles de sa résilience… À moins que le labyrinthe eût décidé pour elle d’un sort qu’il n’imaginait pas encore. Malgré la chaleur suffocante, il frissonna et ses craintes se réveillèrent. Quelle forme la magie pourrait-elle prendre dans sa nouvelle personnalité fragilisée par la vie ? Tandis que sa sœur avançait sans l’attendre, il réunit le peu de courage qui lui restait pour la suivre, toutefois effrayé par l’éventuelle réponse à sa question.

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Quand, en retrait dans la végétation, l’arbre espéré était apparu sur cette plage, depuis longtemps, Pardon avait cessé de compter les bancs de sable blond qui se succédaient comme il avait renoncé à estimer la fuite du temps, incapable de déterminer s’il aurait dû l’exprimer en heures, ou en jours, ou en rien du tout, car, réellement, existait-il ici ? Pourtant, lorsque la pensée consciente d’arrêter de marcher pour atteindre son objectif jaillit dans son cerveau, il progressa encore sur quelques mètres, impuissant à contrôler son corps. Et même quand il s’immobilisa, dans sa tête persista la cadence de ses pas comme un rythme immuable pour le mener toujours plus loin. Il vacilla, puis, cachant ses yeux dont la vue se brouillait, tenta de chasser les sensations déconcertantes qui le troublaient, entre incapacité et vertige. Puis il essuya la sueur sur son front d’un revers de main ; il n’abandonnerait pas, il devait sauver ses enfants, il se l’était promis, quel qu’en fût le prix ! Désireux d’économiser ses forces, il examina l’inextricable bordure d’arbres, cherchant la faille, dans ces entrelacs de racines ou de branches étroitement imbriquées, pour accéder au tronc escompté. Un soupir monta dans sa poitrine, puis s’échappa de ses lèvres. Sous une telle chaleur, réfléchir de façon pertinente se révélait si incertain. Que lui apporterait de plus cette ramure qui dominerait l’île de quelques mètres supplémentaires ? Pourrait-elle lui offrir une meilleure perspective ? Non… Il demeura un instant en équilibre presque instable sur ses jambes, ses yeux s’attardant sur sa silhouette élancée. Trouverait-il mieux ? Rien n’était moins sûr… Particulièrement perdu, son regard revint vers le sable, puis, dénué de toute volonté, Pardon resta à observer le sol, l’esprit vide, jusqu’au moment où une conviction resurgit ; il devait sauver ses enfants ! Qu’importait si cet arbre se révélait imparfait, il devait d’abord s’en assurer avant d’en rechercher un autre. Soudain, sans même avoir conscience de s’être décidé, il se dirigea vers le mur végétal et, malgré la chaleur et l’épuisement qui l’accablaient, commença à grimper sur les racines pour s’élever légèrement. À son grand étonnement, au fur et à mesure de son avancée, se dévoilèrent des trouées totalement invisibles quelques pas plus tôt.

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Voir au-delà des apparences ! Et, pourtant, il demeurait aveugle ! Ce monde, comme tous ceux qu’il avait fréquentés, s’ingéniait à lui présenter de déroutantes illusions pour l’égarer. Que pouvait-il exister de bien réel dans celui-ci ? L’eau à perte de vue ? Cette île dont la nature lui était instinctivement venue à l’esprit, alors qu’il en ignorait tout ? Aila revint troubler ses pensées. Qu’avait-elle véritablement vécu pendant toutes ces années où la magie l’avait emportée dans son sillage tourbillonnant ? Comment prendre la dimension des épreuves endurées et des renoncements cruels auxquels elle avait consenti pour vaincre Césarus ? Il s’était contenté de l’accompagner quand elle avait enfin accepté sa présence près de lui ; finalement, il n’avait qu’effleuré les écueils qu’elle avait surmontés. Le jour où il lui avait tout donné de lui, livrant au sien son cœur habité par un amour profond, elle avait à peine entrouvert son âme ; les secrets qu’elle avait percés sur son chemin, elle les avait conservés sans jamais les partager, même avec lui… Jusqu’où était-elle allée ? Et pourquoi, alors qu’ils auraient simplement pu être heureux, le bonheur persistait-il à leur échapper ? Restaient-ils marqués par le sceau d’une destinée cruelle ? À moins que leur participation se révélât nécessaire pour contrer une menace dont il ne percevait pas encore les contours… Mais laquelle ? Un nouveau tyran en puissance ou une magie maléfique à contrecarrer ? Pourquoi eux ? Ils n’étaient quand même pas seuls sur terre ! Et puis pourquoi briser leur sphère familiale, imparfaite certes, mais préférable à celle dans ce présent, morcelée et bientôt anéantie ? L’image de Kerryen jaillit dans sa tête et il tressaillit. L’existence de ce souverain avait basculé dans l’horreur, exactement comme la sienne à l’instant. Comme lui, ce roi aimait Aila et néanmoins, avait démontré une incroyable abnégation ; il avait renoncé à sa femme et son bébé, tandis que Pardon n’avait abandonné que l’idée de reconquérir Aila, uniquement lorsqu’il lui était devenu impossible de se voiler la face plus longtemps. À l’instar d’un sentiment qu’il éprouvait de plus en plus souvent, il se découvrait pitoyable, capable, comme le plus banal des êtres, du meilleur comme du pire, soumis aux pulsions trop humaines qui agitaient son corps et son esprit. Il ne se situait plus au-dessus de la mêlée comme il l’aurait souhaité, mais en plein dedans, à lutter contre des sensations négatives qui l’étouffaient, des envies d’égoïsme qui le rendaient cruel, susceptible de coups tordus pour reprendre le contrôle de sa vie, voire de lâcheté, ou d’hypocrisie, ou même de vanité. Pourtant, son existence valait-elle plus que celle des autres protagonistes de cette triste histoire ? Sûrement pas, mais, à l’instant présent, il souffrait tellement qu’il se sentait prêt à écarter toutes les objections empreintes de lucidité pour agir pour lui et rien que pour lui. Complètement submergé par ses pensées troublées, il avait atteint son objectif sans même s’en rendre compte.

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Se détournant du tourment de ses réflexions, il se concentra sur le problème suivant : comment parvenir à escalader le tronc droit dénué de branches ? Encore un arbre… À croire que cet endroit, alors qu’il avait franchi tant d’obstacles, persistait à vérifier une fois de plus ses capacités à surmonter ses inédites facettes… Éreinté par une lassitude de plus en plus grande, il frémit. Non, il n’abandonnerait pas ! De plus, il ne devait pas l’oublier, tout n’était qu’illusion, fatigue comprise. Cette dernière ne représentait qu’un test à l’issue duquel il serait étiqueté apte ou inapte. En conclusion, passer directement à la phase active et grimper. Après deux essais infructueux, Pardon s’immobilisa ; il s’y prenait mal, car, avec ou sans bottes, il glissait. Attentif, il examina l’arbre de nouveau, élaborant, encore de façon parcellaire, des ébauches de solution. Étonnamment, se rappeler la nature trompeuse de ce lieu lui avait permis de recouvrer une partie de ses forces et de son analyse rigoureuse et constructive. À présent, il devait concevoir une technique pour maintenir ses pieds sur la surface peu rugueuse. Plusieurs fois, il avait assisté à l’installation de mâts et, de temps à autre, observé les ouvriers qui les escaladaient selon une méthode ingénieuse. Comment procédaient-ils déjà ? Ses souvenirs lui semblaient si lointains que Pardon peina à les raviver. Si ! Ils solidarisaient leurs pieds ! Avec quoi ? De la corde ! Mais, là, il n’en avait pas sous la main. Si, brièvement, il envisagea de prélever quelques racines dans la végétation, il s’en abstint ; inutile de froisser cet étrange monde par une agression involontaire, d’autant plus que, si l’île n’appréciait pas son geste, elle s’immergerait de nouveau. Ainsi, ses efforts n’auraient strictement servi à rien. Alors, de quoi disposait-il ? De ses vêtements… Sa chemise conviendrait peut-être. L’instant d’après, celle-ci enlevée, il replaça son gilet à même sa peau, puis tortilla le tissu sur lui-même pour lui donner une épaisseur appropriée. Enfin, assis par terre, il observa l’arbre pour évaluer la distance à laisser entre ses chevilles, celle de la largeur du tronc, voire un peu plus pour que sa corde de fortune pût devenir un point d’appui supplémentaire. Après deux nouvelles tentatives ratées, Pardon affina son système et, après un ultime bond sur le fût, s’y retrouva accroché. Il testa sa tenue avant d’éprouver un soupçon de satisfaction. S’arc-boutant sur ses jambes, il s’aperçut immédiatement que, bien que suspendu, son absence d’impulsion empêchait toute ascension. Il retomba sur le sol d’une façon peu élégante. Inutile de s’épuiser à d’autres essais sans avoir réfléchi au préalable. Obligatoirement, à son saut devait suivre une élévation régulière que son corps devait anticiper. Les yeux fermés, son esprit détailla les étapes successives, ses muscles tressaillant comme une réponse à leur future activation. Enfin prêt, il s’élança. Serrer le tronc entre ses pieds, pousser sur ses cuisses pour se redresser, monter les mains pour conserver un appui sur le bois, puis les pieds et compenser le déséquilibre permanent par la rapidité. Parvenu à la cime de l’arbre, il se cala dans les branches aux larges feuilles, puis s’absorba dans la contemplation du paysage. Tant d’eau et tellement d’inconnues…

◎ ◎ ◎

Mettre un pied devant l’autre. Si, au début, Naaly avait cherché à repérer quelques traces de Pardon, elle avait totalement abandonné. En raison de la configuration du lieu et du seul chemin à parcourir, il n’existait aucune chance de le perdre, mais encore fallait-il le rattraper. Elle devait bien reconnaître que, malgré tout ce temps à avancer, ils n’avaient toujours pas réussi à rejoindre celui qu’ils poursuivaient. Jusqu’à présent, elle avait soigneusement évité de penser à la colère de leur père, quand, achevant son tour, celui-ci découvrirait leur absence. Voilà qui lui retomberait certainement dessus, d’ailleurs avec raison, mais pas tout à fait. Son frère avait bien accepté de la suivre, alors qu’il représentait le membre sensé de la fratrie. En conclusion, à lui aussi, le temps lui avait semblé bien long et l’atmosphère trop lourde pour demeurer à la même place. Si son impatience se révélait communicative, que deviendraient-ils ? Quoique, sous cette infernale torpeur, dans quelle mesure l’un comme l’autre parvenaient-ils encore à éprouver une quelconque sensation ? Elle jeta un coup d’œil à la rive, regrettant presque de ne plus y être plongée jusqu’aux cuisses. Une mauvaise bonne idée, car elle se mouillerait les pieds de nouveau. À présent séché, le cuir rêche de ses bottes frottait ses talons et échauffait ses voûtes plantaires ; Naaly en percevait la brûlure permanente. Ne pas s’étendre davantage sur la question et avancer… Sans y prendre garde, son regard dériva encore vers l’eau. De façon contradictoire, elle éprouvait l’impression de mourir de soif sans avoir vraiment envie de boire. Son examen de la mer turquoise se prolongea. Se rafraîchir juste la nuque et les cheveux. Aussitôt, elle obliqua vers la rive, tandis que, songeur, son frère l’observait. Quelle idée lui avait traversé la tête ? Quand il la vit s’agenouiller sur le sable et s’asperger, il trouva la force de se précipiter près d’elle pour l’imiter, trempant jusqu’à sa chemise. Tous les deux face à l’onde immobile, ils restèrent côte à côte à examiner cet univers si plat qu’il en apparaissait déprimant. Se sentant mieux à présent, Tristan se remit à parler :
– Je serai le suivant…
– Pourquoi toi ? demanda-t-elle en se tournant vers lui.
– Parce que je suppose que cet endroit choisit ceux qu’il garde en fonction d’un objectif très précis. Par exemple, il désire probablement désigner le plus résistant d’entre nous.
– Maman aurait dû franchir la porte, alors ?
– À mon avis, il envisage d’autres projets pour elle…
– Lesquels ?
– Excellente question…
– Et aucune hypothèse ?
– Aucune… Il fait trop chaud pour réfléchir.
Naaly émit un petit rire.
– Bien d’accord !
Elle se tut un instant avant de reprendre.
– Je renouvelle ma question : pourquoi toi ? Tu es le seul parmi nous à maîtriser la magie.
– Sauf si papa s’y remet…
– Effectivement, mais moi, quels avantages pourrais-je bien présenter pour ce lieu ? Aucun…
– Si, ta détermination.
Elle s’esclaffa de nouveau.
– Je ne sais pas si, personnellement, j’hésiterais entre une modeste combattante sans kenda et un détenteur de pouvoirs…
– Mais tu pourrais avoir les deux…
La jeune fille se figea, ses prunelles vertes le fixant avec intensité.
– Je n’en veux pas, annonça-t-elle, catégorique. Maman, papa et toi n’avez pas eu le choix et, quand je m’attarde sur toutes les catastrophes que cette entité a pu engendrer dans vos vies et la mienne par rebond, elle ne m’intéresse pas. Je désire rester celle que je suis, évidemment avec mes limites, mais je ne pourrai m’en prendre qu’à moi.
– Mais, dans le prochain monde, vous pourriez en avoir besoin.
– Transfère ta magie à papa si tu décides de procéder à un don comme l’indique la gravure des ondes. Il en fera un meilleur usage que moi.
– Il ne les acceptera jamais, parce que… Enfin ! Tu sais très bien ce que la recevoir sous-entendrait.
– Parfaitement. Comme je suis consciente des conséquences de ce présent pour moi. De mon côté, je dispose d’une clé dont j’ignore les subtilités, mais, grâce à tes aptitudes naturelles, tu pourrais apprendre à t’en servir. Le silence s’installa un instant. Tristan secoua la tête.
– Non, la porte a déjà choisi, je le perçois. Je resterai ici.
– Ne dis pas ça, s’il te plaît… Laisse-toi au moins une chance de la franchir quand nous serons parvenus à la trouver.
Les yeux de Naaly se remplirent de larmes. Elle ne se sentait plus assez vaillante pour lutter contre le flot des éléments qui les emmenait toujours plus loin, avec à peine assez d’air pour respirer et survivre.
– Si tu as raison, tu me manqueras…, continua-t-elle d’une voix troublée.
Cependant, fidèle à elle-même, elle ne tarda pas à se ressaisir.
– Voyons le bon côté des choses, cet abandon ne sera que temporaire, car, selon moi, je te suivrai de peu. Toi comme moi savons bien que nous ne possédons ni l’expérience, ni la maturité, et encore moins la carrure pour résister à ce labyrinthe qui aspire tous nos rêves. As-tu remarqué le comportement de papa ? Il perçoit ce lieu mieux que nous. De plus, en ce moment, il devrait être anéanti. Pourtant, il semble le seul à ne pas sombrer totalement sous son poids écrasant, alors qu’il paraissait le plus fragilisé de nous tous.
– Il n’acceptera jamais la disparition de son dernier enfant…
– Parce que tu crois qu’il va s’en réjouir dans ton cas ? Nous devrons le travailler au corps pour l’amener à cette évidence qu’il refuse encore. Si une chance subsiste de changer notre catastrophique présent, elle dépendra de lui, sans aucun doute.
Tristan hocha la tête, puis demanda :
– Comment comptes-tu procéder pour le convaincre ?
– Aucune idée, mais, en y réfléchissant tous les deux, nous trouverons comment lui imposer cette conclusion.
– Je pense que maman y est pour quelque chose.
Surprise, Naaly jeta vers lui un regard interrogateur. De quoi parlait-il ?
– Quand papa a été blessé par la plante, je suis certain qu’elle l’a guéri…
– Tu es en train de m’annoncer qu’elle avait déjà retrouvé le contrôle de ses pouvoirs dans cet endroit maudit ? Et tu l’as remarqué quand ?
– L’arbre mort.
– Génial ! Et c’est maintenant que tu me le dis ! Qu’est-ce que j’ai loupé de plus ?
Son frère lui lança un coup d’œil légèrement désespéré.
– Je ne sais pas.
– Tristan, pour une fois, tu pourrais fournir un effort pour faire des phrases plus longues qui m’expliqueraient tout en détail sans que j’aie besoin de te poser mille questions ! S’il te plaît ! Le jeune homme tressaillit, mais resta un instant silencieux avant de reprendre :
– En fait, je suis convaincu que la magie n’est pas une, mais mille et que, selon son humeur ou les circonstances, elle se présente sous des aspects différents à ceux qu’elle choisit. Le lien qu’elle entretient avec maman est infiniment plus développé que celui que je possède avec elle et, ainsi, cette entité peut décider de s’exprimer en elle ou la laisser en paix. De façon identique, maman peut la rappeler ou s’en détourner… Indubitablement, tout dans ce monde a été créé par la magie, mais pas celle que je connais. Néanmoins, ses pouvoirs spécifiques me paraissent parfaits pour entrer en résonance avec elle.
– Voilà pourquoi elle serait restée là-bas.
– C’est probable.
– Pourquoi les soins apportés à papa auraient-ils changé quelque chose chez lui ?
Tristan afficha un léger sourire.
– Elle a simplement réveillé la magie en lui. À mon avis, il n’a même pas dû s’en apercevoir.
Naaly demeura pensive.
– Je vais dire un truc idiot… Quand je t’entends parler d’eux ainsi, je songe à tout ce que j’ignorais avant notre départ et que je connais maintenant, en dépit de l’éclatement de notre famille pour de mauvaises raisons. Lors de l’attaque d’Orkys, as-tu eu l’occasion d’observer la manière dont elle combattait en particulier ? En mille ans d’entraînement, je n’égalerai jamais son niveau.
– Pas sans pouvoirs…
– Je n’ai pas changé d’avis, je n’en veux pas. Cependant, je me pose une question. Depuis que je m’intéresse à elle, j’ai découvert qu’elle avait toujours surpassé ses adversaires par son exceptionnel talent, mais, à cette époque-là, elle n’avait pas rencontré les fées.
– Voici ce qui corrobore parfaitement mon opinion, elle possédait déjà la magie à son insu. À travers ces créatures, cette entité s’est révélée à elle et, ensuite, elle l’a développée de façon consciente.
– Et toi ?
Tristan soupira.
– Je reste un petit joueur.
– Tu te sous-estimes !
– Je t’envie…
Tandis que, surprise, Naaly le fixait, il poursuivit :
– Tu as la possibilité de toucher à des pouvoirs hors norme et tu les refuses sans le moindre regret.
– Je ne me sens pas assez forte pour leur résister.
– Comment ça ?
– J’ai hérité d’une clé et regarde où mon enthousiasme irrationnel nous a entraînés…
Percevant la protestation qui naissait de nouveau dans les yeux de Tristan, elle coupa court à ses éventuelles récriminations.
– Je me rappelle parfaitement tes explications à ce sujet. Mais j’ai agi sans réfléchir. Voilà, je suis une tête folle, impulsive, une adolescente pleine d’effervescence qui manque encore de sagesse. Tu le vois, la magie n’est pas pour moi. Après tout, dans ce nouveau futur, peut-être serions-nous tous heureux, mais différemment.
Le visage de Tristan se rembrunit aussitôt.
– Apparemment pas tous… Quelques précisions peut-être pour éclairer ma lanterne ?
Visiblement, le garçon hésitait.
– Je ne t’ai pas tout dit…
– Ah bon ? Parce que tu m’as confié déjà quelque chose à propos de toi. Dans mes souvenirs, il me semble que tu as opposé ton silence à toutes mes questions ou presque.
– J’en suis conscient. Dans la mesure où ce que j’ai vécu demeure un avenir éventuel et non certain, je trouve compliqué de démêler le réel du possible. Cependant, j’ai appris un fait très inquiétant à propos de… Merielle. Elle va se marier avec un homme qui la détruira.
– Quelle déception ! Je me demandais bien quelle fille avait bien pu briser la carapace d’indifférence dont tu t’entoures. Mon amie m’apparaissait comme le meilleur choix, malgré votre année et quelques d’écart, parce que, de toute évidence, elle t’apprécie et puis, je me disais qu’un jumeau chacun promettait des fêtes de famille divertissantes ! Enfin, si elle en épouse un autre et que Sekkaï se rend en Épicral pour convoler avec une noble qu’il ne connaît même pas, pauvre de nous… En tout cas, j’espère que ton attitude inflexible ne l’a pas réduite à cette extrémité !
– Je t’assure que non ! Ce nouveau présent est absolument terrible. En l’absence de quête, le décès de Sérain a complètement bouleversé l’équilibre des siens. Entre le prince qui a déserté Avotour pour mourir quelque part sur la route d’Opale et Lomaï qui a, chaque jour, sombré davantage dans une mélancolie destructrice, Merielle, elle, est partie rechercher chez un homme beaucoup plus vieux un peu d’amour et cette ordure n’est parvenue qu’à l’anéantir. Ne me regarde pas comme ça, s’il te plaît, elle est mon amie, c’est tout.
– Voilà qui ne veut pas dire grand-chose ! Sekkaï était bien mon pire ennemi et tu vois où ça nous a menés… Enfin, tout ça ne me dit pas qui a réussi à te séduire ! Alors ?
– Naaly, je suis très sérieux !
– Et, moi, curieuse ! Que tu es agaçant à la fin ! Pourquoi tant de secrets ? Une fois, dans le prochain monde, tes confidences s’éteindront avec moi ! C’est donc si difficile à avouer ?
– Demande à papa de veiller sur elle si tu ne passes pas la dernière étape.
Les épaules de Naaly s’affaissèrent.
– D’accord, mais, franchement, tu n’es pas trop drôle ! Toi, au moins, tu connais tout ce que Sekkaï et moi avons vécu.
– N’insiste pas, je t’en prie. Tu n’oublieras pas, c’est important. Pour éviter de rencontrer cet homme, elle ne devra pas se rendre chez une relation de Lomaï.
– Laquelle ?
– Je ne sais pas. Elle a trois filles, dont une du même âge que Merielle.
– Et le nom du sale bonhomme que je lui défonce la tête s’il touche à mon amie ?
Après une hésitation sur la teneur de la réponse à lui apporter, Tristan sembla se résigner et ajouta simplement :
– Alexis de Courtelle.
– Enregistré. Lors du prochain passage de relais, je lui transmettrai l’information.
– Tu m’en veux ?
– Un peu… Faut dire, il n’y a pas tant de nouvelles sensationnelles à se mettre sous la dent dans cet endroit pourri jusqu’à la moelle. Alors, oui, ce petit secret m’aurait fait plaisir, j’aurais eu l’impression de partager quelque chose de spécial avec toi.
– Mais nous partageons déjà plus que la majorité des frères et sœurs.
– C’est pas faux. Bon, j’ai compris que je me contenterai de ton silence. Que faisons-nous à présent ?
– Repartons.
– Par où ?
– Dans le même sens, comme ça nous serons deux à subir la colère de papa…
Un sourire naquit sur les lèvres de Naaly.
– Bien ! s’exclama-t-elle. Pour une fois que je ne serai pas seule à affronter la tempête !


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