La Tribu Libre, tome 2 de la saga de fantasy de Catherine Boullery
La saga d'Aila  fantasy


fantasy Catherine Boullery

Note : 4.6 / 5 avec 273  critiques Catherine Boullery

Le début de l'histoire (avec un rappel du tome 1)

Aila a grandi dans le comté d'Antan, élevée par son oncle et entourée par Mélinda, la châtelaine et Hamelin, le mage du comté. Sa volonté est de devenir une combattante et, poussée par son oncle, elle participe à des joutes orchestrées dans le but de sélectionner les membres de la garde rapprochée du roi Sérain d'Avotour. Finalement choisie, elle commence par être envoyée en mission en compagnie du fils aîné du roi, Hubert. Peu à peu, ses talents de combattante empruntent des voies inhabituelles qui semblent décupler ses sens et sa perception du monde qui l'entoure. Troublée, elle ne découvre que plus tard l'origine de tous ces bouleversements, liée aux pouvoirs que les fées partagent avec elle à son insu. Dorénavant, la vie en a décidé pour elle, elle n'aura plus qu'autre choix que celui d'accepter ses nouvelles aptitudes et toutes les conséquences, bonnes ou moins bonnes, qu'elles induiront.

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L'heure est grave. Venu du nord, un empereur, Césarus, avance vers eux pour conquérir Avotour et tous les pays environnants. Il apparaît si puissant que tous doutent de leur capacité à le contrer. Convaincu de la nécessité de créer des alliances même avec leurs ennemis de toujours, Sérain d'Avotour envoie son fils cadet, Adrien, en compagnie d'Aila, vers le pays Hagan. La route des deux compagnons emprunte des chemins de traverse et amène la jeune fille à semer dans les esprits des villageois le souffle d'un espoir insensé : pour lutter contre Césarus et pourquoi pas le vaincre, la seule solution réside dans le fait de s'allier et de se battre tous ensemble pour la liberté.


Début du tome 2 - La Tribu Libre

Parvenue aux frontières du pays Hagan, Aila récupère les affaires d'une chamane, Marça, qui vient de rejoindre les esprits de la Terre. À peine la tenue revêtue et la bague passée à son doigt, elle se retrouve dans une grotte, accueillie par une femme cachée dans l'ombre. Cette dernière lui révèle qu'elle est à présent, Topéca, la première chamane guerrière. Aila, sans avoir la moindre idée de ce que signifie être chamane, endosse ce nouveau rôle sans joie… Accompagnée par Adrien devenu Kazar, elle quitte Avotour pour le pays Hagan.

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Plus rien ne va… Depuis qu'Aila est devenue Topéca, Adrien et elle se parlent à peine. Rapidement, le prince réalise que la jeune femme, une fois de plus, porte sur ses épaules un fardeau beaucoup trop lourd et tente la réconforter : Aila ne peut pas disparaître aussi facilement derrière Topéca. Rassérénée par les propos de son compagnon, la nouvelle chamane reprend la route sur les sentiers montagneux, le coeur apaisé.

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Leur chemin les mène à la rencontre de la tribu Appa dont le chef se nomme Quéra. Dès cet instant, Aila affirme sa nouvelle personnalité : elle est Topéca, la première chamane guerrière et le sol comme le ciel vibre sous sa puissance au son des clochettes de son kenda. Elle va d'ailleurs prouver rapidement à tous que les esprits de la Terre l'habitent en sauvant les uns après les autres les enfants de la tribu tombés malades. Cependant, chez Topéca comme chez Aila, rien n'est offert aux autres sans qu'elle en paye le prix. C'est sous les regards inquiets des mères de la tribu que la chamane épuise son énergie dans le seul but de préserver des vies.

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Mais la lutte ne fait que commencer. Derrière cette maladie insidieuse se cachent l'ombre de sorciers et leur perversité. Face à cette certitude, les détruire peu à peu devient une évidence, mais comment ? À présent, le moment est venu d'en affronter un parmi eux. Mais est-il possible de vaincre ces représentants du mal ? Quelle puissance nouvelle et inédite Aila - Topéca déploiera-t-elle pour y parvenir ?

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Parcourez les coups de cœur de mes premiers lecteurs

Cassandre, Incroyable roman, qui vous donne des frissons

Après le 1er tome, place au 2e que j'ai commencé à lire très rapidement ! Aila nous surprend une fois de plus avec ses nouveaux pouvoirs, son nouveau combat, ses nouvelles difficultés qui la font tant douter… Elle nous prend au coeur des tripes, on s'accroche, on suspend sa respiration à chaque action… On fait défiler les pages, au travail, en voiture, partout on l'on peut… La curiosité et l'affection que l'on porte aux personnages nous porte dans un univers magique et réel à la fois… Il entraîne également sur des réactions primaires, oui primaires ^^ un collègue m'a fait la blague de cacher mon livre quand je voulais le lire et je devais absolument finir la page pour comprendre un moment important du livre, je suis devenue folle à le chercher partout !!!!! Et quand je l'ai retrouvé, je lui ai fait passer un mauvais quart d'heure !!
J'ai fini le 2e tome il y a 3 jours et ma lecture préferée me manque !! vivement le 3e tome… Cela faisait très longtemps que je n'avais pas pris autant de plaisir à lire un livre… Un grand Bravo à cette auteur à un avenir très prometteur !!

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Romain, Envoûtant encore

… et c'est un exploit. Superbe.
Ce deuxième tome s'inscrit dans la foulée du premier, avec le même brio, un panache encore plus grand… et les mêmes forces et faiblesses malheureusement. Il faudra attendre le tome trois pour un peu plus d'ouverture.
Aila reste au centre d'un récit qui tour à tour vous donnera des ailes et vous vous fera sombrer dans le chagrin.
Catherine améliore encore son style, et nous fait vivre Aila-Topéca avec une force inédite.
Et rien d'autre. Si vous aimez votre fantasy uniquement pour les mondes créés, passez votre chemin. La saga d'Aila est uniquement celà — Aila. Et c'est sublime.
La force du tome deux est le chamanisme, non pas dans le récit raconté, mais dans le style de celui-ci. Il vous emporte dans quelque chose de plus grand, de vibrant… C'est la force évocatrice de l'écriture qui porte le récit et le rend possible.
Et une fin qui vous laissera sur vos dents… pendant une bonne partie du tome suivant également.
C'est avec regret que j'ai refermé le chapitre Topéca, et une grande tristesse de cette époque révolue pour Aila.

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SFFF-amateur, Très prenant

J'avais découvert le tome 1 grâce aux commentaires des lecteurs précédents et avait trouvé ce roman de fantasy très original.
Avec le tome 2, La Tribu Libre, le qualificatif « prenant » est plus approprié tant j'ai été est happé par la quête d'Aila dans les montagnes haganes, ses combats contre la sorcière et les sorciers, sa confrontation avec la grande souffrance, le château de Faraday — pour la partie action —, mais aussi par les nouvelles amitiés qui se nouent avec quelques Hagans, sa rencontre avec les chamans et les esprits de la terre et enfin l'apothéose de Topéca.
Que du bonheur dans un style alerte, que de l'action avec des rebondissements toujours inattendus, que des dialogues passionnants avec Adrien et Pardon, que de beaux sentiments avec Hang et Hatta…
Un point négatif pour équilibrer mon commentaire : le dernier chapitre m'a surpris au plus haut point et ce qui s'y passe a causé une immense frustration m'obligeant à acheter L'Oracle de Tennesse.

Sur Amazon
Math1977, Superbe

Encore une fois, Catherine Boullery nous emmène dans son univers. Si on vous êtes fan de Robin Hobb ou dans une moindre mesure du Seigneur des anneaux, cet univers pourra vous sembler familier, mais néanmoins original tant par les idées que par l'écriture fluide et efficace.
Ne prévoyez pas trop de choses à faire après avoir ouvert ce livre, on le dévore, comme le premier tome ! Je m'étonne cependant de ne pas trouver ce livre en papier… merci donc au format numérique de nous permettre de profiter de cette saga dont j'attends la suite, avec impatience !

Sur iTunes
Élodie, Une fois n'est pas coutume, j'attends avec impatience le tome 3 !

J'ai de nouveau plongé dans cet univers envoûtant et il était difficile d'en sortir. Alors que je lis de moins en moins en ce moment, j'ai profité de chaque minute de temps libre pour sortir mon livre de fantasy et avancer dans l'histoire.
Il est assez facile de s'identifier à ce personnage d'Aila. Elle cherche qui elle est vraiment (mais sait-on un jour réellement qui nous sommes ?) Du coup, sa quête dans ces différents mondes fait ressortir ses diverses personnalités (et chacun de nous se comporte différemment selon son environnement). En ajoutant bien sûr toutes les aventures qu'elle vit (mais qui n'a pas rêvé un jour de lâcher sa petite vie tranquille pour partir à l'aventure ?), ça donne un superbe roman ! Bravo !

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Anne-Claire, Quel bonheur de retrouver Aila !

Quel bonheur de retrouver Aila dans ce second tome et de se laisser de nouveau complètement happer par sa quête, portée par un souffle qui anime le livre du début à la fin et nous laisse au bout un peu haletant… et dans l'attente de repartir dans le tourbillon des aventures du tome 3, dès qu'il sortira! Un grand merci pour ce plaisir de lecture renouvelé!
Donc merci encore… et pas merci!
Merci encore pour le plaisir inouï que j'ai retrouvé à dévorer le 2e tome d'Aila. Et pas merci, car je l'ai stupidement commencé vers 19  h ce soir et que je le finis juste (minuit et demi passé), moi qui restais tranquillement à la maison pour me coucher tôt et me reposer un peu… !

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Laurie, La Tribu Libre d'une écrivaine libérée, audacieuse et percutante de génie : assurément à ne pas louper !

Après avoir découvert Aila dans le tome 1, je n'ai pu m'empêcher de me jeter avidement sur le second. Spielberg, James Cameron et compagnie devraient, je le pense, se pencher sur la littérature indépendante française. Celle-ci, grâce à des plateformes telles qu'UPblisher, se positionnant en complément des circuits Parisiens, voient de véritables talents émerger. C'est ce pourquoi je parle de littérature, car même si l'imaginaire et la fantaisie sont une force dans cette œuvre, elles ne l'en dépossèdent pas de son style d'écriture remarquable. Ici, nul empaquetage, nulle formule enrobée ; juste de l'essentiel, du pertinent, et du dépouillé. Un style qui va droit à l'imaginaire et au rêve. C'est bien le terme qui s'impose. La Tribu Libre, le pays hagan, Aila-Topéca : tout cet univers ne peut que transporter les âmes dans un monde parallèle « libre » à chacun. Tout lecteur y verra sa propre tribu libre, sa propre Aila, et construira ses propres espoirs sur ce synopsis. La projection est inévitable, et le voyage n'en est que plus beau.
Accrochez-vous, Catherine Boullery est une auteure qui n'a pas fini de vous surprendre. Son arme la plus douce réside dans l'envoûtement de ses textes. Le suspens qui y règne, la poétique et la poésie qui s'en dégagent, la stylistique de la magie et des sens: tout vous dépossèdera de votre quotidien pour un monde haut en couleurs. L'effet persistera même après avoir refermé la dernière page, et vous attendrez impatiemment le prochain tome.
Alors de ma petite expérience en lettres, j'apprécie l'ouverture de ces éditeurs. Ils ont eu raison de se pencher sur cette collection d’œuvres : la vie d'Aila vous rapportera !

PS : Quel supplice de ne pas savoir avec qui elle a passé sa dernière nuit au château d'Avotour…! Mais c'est génial : bravo… ! Ce sera un best seller…

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Extrait gratuit d'un des livres de la saga d'Aila offert par Catherine Boullery, auteure de fantasy (autres passages sur Amazon). Excellente lecture ;)

À peine l’imprévisible porte des temps franchie que leurs pieds retrouvaient la compacité d’un sol, mais également, immergés jusqu’aux chevilles, son humidité. Après un moment de flottement, Pardon et ses enfants, Naaly et Tristan, découvrirent l’endroit singulier qui les accueillait, un espace bleuté sur trois cent soixante degrés, avec une ligne d’horizon qui séparait une étendue aqueuse turquoise à perte de vue d’un ciel azuré tout aussi infini. Et rien, absolument rien d’autre…
Un instant plus tôt, en sautant dans l’onde circulaire, l’inquiétude devant l’inconnu les avait assaillis, doublée par la plus profonde des incertitudes : effectueraient-ils un bond dans le temps ou un simple transfert vers un nouveau lieu insolite ? Naturellement, à cette angoisse légitime s’était ajouté le chagrin d’abandonner femme ou mère dans le monde précédent. À présent qu’ils identifiaient les contours de leur destination, ils tenaient une réponse, partielle cependant. Quels dangers inédits affronteraient-ils ici ? Quelles épreuves cruelles traverseraient-ils encore ? Dans quelle mesure se montreraient-ils suffisamment forts pour leur résister ? Qui partirait du groupe au prochain plongeon si leur déduction logique — un de moins à chaque passage — se concrétisait ? Malheureusement, le paysage limpide qui se dévoilait sous leurs yeux demeurait muet sur ses intentions.

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Dévoré par ce qu’il avait laissé derrière lui en franchissant cette nouvelle porte, Pardon se reprochait toujours de ne pas avoir convaincu Aila de poursuivre cette aventure avec leurs enfants, tandis qu’il serait resté avec Martin… À la seule évocation de cet homme, il frissonna, chassant au mieux l’image dérangeante de celle qui avait été sa femme enlacée par cet étranger. Comment ne pas souffrir de cette proximité entre eux, alors qu’il connaissait tout d’elle ? Son sourire délicat comme son regard d’une rare profondeur, le frémissement de ses muscles sous l’impact d’une tension intérieure, le grain satiné de sa peau sous ses doigts, la douceur de ses lèvres comme la saveur de ses baisers, la façon dont le désir la cambrait ou le bruissement léger de sa respiration accélérée par le plaisir, l’empreinte qu’abandonnait son corps contre le sien quand elle quittait l’étreinte de ses bras. Dire que quelques mois plus tôt il l’avait laissée partir sans même réagir… Maintenant, il s’en voulait tant de ne pas avoir cherché à la retenir. Étouffé par une colère teintée de détresse, il avait joué l’indifférence face à ce qu’il considérait comme une trahison de la part de sa femme et, aujourd’hui, son infinie bêtise ne cessait de le consumer. Bientôt, il finirait en cendres… Si seulement il pouvait retourner en arrière, tout recommencer, se précipiter derrière elle cette fois et la rattraper pour l’empêcher de terminer ainsi, d’abord, entre les mains de cette femme grimée qui l’avait dépouillée autant de son histoire que de sa mémoire, puis entre ceux d’un autre homme que lui, un roi, ou encore ce Martin. Insupportable ! Étonnamment, pendant cette course folle dans le labyrinthe, il avait cru au réveil de leur complicité, voire de l’ébauche d’une tendresse, jusqu’au moment où, auprès de la cascade, elle l’avait repoussé, lui annonçant sans détour qu’elle ne l’aimait pas. Le cœur brisé, il ne pouvait que se maudire ; il avait échoué tant à la reconquérir qu’à la retenir. Les doutes qui l’avaient déjà assailli resurgirent, toujours plus intenses et accablants, ceux qui le hantaient depuis longtemps ; sa relation avec Aila avait-elle été créée de toutes pièces pour donner naissance à Naaly ? Un profond découragement l’envahit ; aucun d’entre eux ne sortirait de ce lieu, tout du moins, pas intact…

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– Bien…, commença Naaly, c’est bleu de la tête aux pieds, y’a pas à dire… Et un peu humide avec ça, ajouta-t-elle en examinant le bas de ses bottes trempé. L’un d’entre vous aurait-il une idée sur la direction à emprunter ?
L’écho de sa question atteignit Pardon avec retard, renforçant au passage son sentiment d’inaptitude. Pourquoi avait-il cru un instant que son esprit serait capable de percevoir plus que ses yeux ? Parce qu’Aila le lui avait affirmé… Mais, à présent, elle n’était plus à ses côtés et leur histoire avait pris fin. De surcroît, il l’avait délibérément abandonnée dans le monde précédent. Alors que ses pensées tournaient en boucle dans son cerveau, le chagrin le submergea encore une fois. Ne pas faiblir, pas encore… S’il arrêtait de s’apitoyer sur lui-même, peut-être pourrait-il recommencer à réfléchir intelligemment et s’intéresser à la question de sa fille. Devant le silence qui persistait, Naaly s’énerva.
– Oh ! Les garçons ! Réveillez-vous ! Nous n’allons quand même pas prendre racine ici ! Enfin, dans la mesure où nous aurions la chance fabuleuse de nous transformer en végétaux dans ce lieu dépouillé de verdure…
Tristan annonça avec une pointe d’amertume :
– Je ne peux rien vous proposer. Je ne parviens à lier aucun contact avec la magie. De plus, pour ce que j’en fais dorénavant, inutile de le regretter.

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Pardon posa son regard sur lui, percevant le trouble profond de son enfant. Trouverait-il suffisamment de courage pour affronter les paroles qu’il prévoyait ? Pourtant, il pressentait la nécessité de crever l’abcès avant que celui-ci devînt susceptible d’envenimer la situation de façon insidieuse. À présent que leur nombre était réduit à trois, l’ombre d’Aila ne pouvait que planer sur eux comme l’expression d’un combat qu’ils auraient perdu, principalement parce qu’ils ne l’auraient pas correctement mené.
– Désirez-vous que nous en parlions ? demanda-t-il, tout en assurant sa voix pour lui éviter de trembler.
– De quoi ? s’étonna Naaly.
– Maman…, précisa son frère.
Les traits de la jeune fille se crispèrent aussitôt.
– En plus d’ignorer où nous devons aller, vous me cassez les pieds ! Reprenons les événements chronologiquement. Pour commencer, elle nous avait prévenus dès le départ qu’elle nous quitterait quand le moment lui conviendrait et, en conclusion, elle a tenu parole. Fin de l’histoire ! Aucun de nous ne serait parvenu à infléchir sa décision, vous le savez très bien ! Alors, si vous aimez vous morfondre sur le passé et renoncer à avancer, continuez à vous comporter stupidement ! En tout cas, moi, je persiste à penser qu’une solution nous permettra de remettre un peu d’ordre dans tout ce bazar et que, si nous voulons la trouver, nous devons nous bouger ! Et tout de suite !
Pendant la tirade de Naaly, Tristan avait bien tenté de lui signaler qu’elle devait modérer ses propos, mais, exaspérée, elle ne s’était même pas aperçue de la pression de son regard sur elle. À l’instar de Pardon, il se reprochait lui aussi d’avoir abandonné sa mère sans avoir cherché à infléchir sa décision, persuadé qu’elle aurait constitué un choix préférable à sa propre présence. Sans la magie pour le soutenir, malgré son père et sa sœur à ses côtés, il se sentait totalement orphelin, insignifiant également, comme s’il ne savait pas exister autrement qu’à travers elle. Son voyage auprès de Merielle lui revint en mémoire. Comment cette entité se débrouillait-elle pour absorber autant de l’essence d’un être, au point, pour celui qu’elle habitait, de perdre conscience de sa réelle personnalité ? Pourrait-il continuer à vivre si elle disparaissait ? Son regard se fixa sur Pardon dont les silences taisaient la douleur ; de toutes ses forces, ce dernier tentait de canaliser sa peine, mais, comme un bateau percé, colmater au mieux parvenait à peine à maintenir sa coque incertaine à flot. Sans conteste, les deux hommes du groupe se fondaient pleinement dans ce monde, ils prenaient l’eau de tous côtés…
– Bien, sans indication de votre part et parce que je ne veux pas rester plantée ici, je pars… par là ! ajouta Naaly en tendant l’index devant elle.
– Mauvais choix, c’est par ici…, murmura Pardon.
Leurs yeux fixés sur lui, ses deux enfants le regardèrent se retourner, puis s’éloigner. Tout en examinant le paysage devant lui, Pardon avançait, troublé. Mais que venait-il d’affirmer ? Comme s’il en savait quelque chose ! Voir au-delà des apparences ! Quelle blague ! Et, pourtant, si, au même instant, Tristan ou Naaly lui avait proposé une autre direction, il n’aurait pas changé d’avis, ses pas intuitifs le menaient vers un point invisible perdu sur cet inaccessible horizon d’une homogénéité parfaite…

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Depuis sa dernière tirade, Naaly demeurait étrangement silencieuse. Plus elle observait ce monde insolite, moins elle l’appréciait. Peu à peu, le niveau de l’eau qui avait débuté aux chevilles avait atteint les mollets, puis les genoux. À présent, à mi-cuisse, marcher dans ce liquide qui ralentissait chacun de ses mouvements l’agaçait prodigieusement. Bâtie pour courir, sauter, bondir, elle aimait bouger ! Elle en arrivait presque à regretter leur fuite éperdue dans la première partie du labyrinthe. Là, au moins, elle avait vécu dans l’action, tandis qu’en cet endroit, excepté le faible bruissement de leurs jambes fendant le flot, pas un son ne résonnait longtemps. De plus, les quelques remous créés par leur passage s’amortissaient si vite que la surface de cette étonnante mer regagnait un aspect aussi lisse qu’impersonnel avec une impressionnante rapidité ; ce lieu semblait tout absorber… D’ailleurs, elle-même ne ressentait même plus l’envie de se rebeller, comme si cette traversée sans but dévorait son énergie peu à peu. Décidément, elle ne se plaisait pas ici.

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Totalement inattentive, Naaly percuta son père qui s’était brusquement arrêté devant elle. Envisageant de protester, juste pour rompre l’atmosphère oppressante, elle renonça quand celui-ci, un doigt sur ses lèvres, lui intima le silence. Le cerveau de Naaly se réveilla. Un danger ? Où ? Alors que son regard balayait l’onde translucide dénuée de toute vie animale et végétale, elle n’observa que sa prévisible inertie. Ce monde, immobile et sourd, comme mort, la glaçait au fond d’elle-même. Sous quelle forme pouvait bien se manifester la menace qui fondait sur eux ? Un léger frémissement naquit sur la surface à proximité d’eux, puis s’amplifia peu à peu, tandis qu’à une centaine de mètres le liquide se mettait à bouillonner. En alerte, Naaly fixait les bulles de plus en plus nombreuses, se demandant si, face à ce futur danger, l’inaction représentait la réponse la plus adaptée. Comme son père avait gardé son doigt sur ses lèvres, elle se retint de parler, en dépit de l’envie qui l’en démangeait. Elle jeta un regard à son frère qui contemplait le phénomène avec plus de curiosité que de peur apparente. Si même lui ne paraissait pas effrayé, pourquoi devrait-elle s’en inquiéter ? Ce monde les rendrait tous fous s’il ne les tuait pas avant… Et si son objectif final consistait réellement à se débarrasser d’eux ? N’étant pas arrivé à les éliminer dans le labyrinthe, peut-être envisageait-il maintenant de les faire sombrer dans la démence. Elle frissonna légèrement. Déterminée au franchissement de la dernière porte, cette eau qui n’en finissait plus avait étouffé la plus petite étincelle de son courage. Elle voulait sortir d’ici au plus vite, sinon elle se noierait d’ennui dans cette insipide étendue !

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Pendant qu’émergeait une première silhouette insolite de la surface, son regard s’attarda sur celle-ci, l’examinant sans parvenir à en identifier la substance. Une seconde la rejoignit presque immédiatement, puis une troisième et d’autres encore, comme autant d’indescriptibles proéminences, dont, rapidement, le nombre devint difficile à évaluer. Peu à peu, alors qu’elles se dressaient toujours plus haut, leurs contours se dessinèrent plus nettement, révélant leur nature exacte : des arbres… Partagée entre soulagement et déception, Naaly poussa un léger soupir. Parfois, ce lieu manquait cruellement d’imagination. Elle pouvait effectivement reconnaître que ceux-ci différaient des précédents. De longues racines pendaient de branches en altitude, tandis que celles habituellement souterraines, étoilées ou entrelacées, élevaient le collet largement au-dessus du niveau de la mer. Cependant, dans un cas comme dans l’autre, des arbres, encore une fois, ennuyeux… D’un autre côté, elle en avait déjà assez de cette flotte à perte de vue, de ses vêtements qui collaient à sa peau et de ses bottes gorgées d’eau. En conclusion, un peu de verdure dans cet espace bleu et inanimé pouvait constituer une nette amélioration. Alors que l’éclosion des végétaux s’achevait comme autant de mâts s’élançant hors des flots, un socle de sable blond, presque blanc, apparut au pied de ceux-ci ; la première terre émergée depuis des heures… Une nouvelle fois, Pardon incita ses enfants à rester silencieux, leur exposant en quelques gestes concis ce qu’il prévoyait. Aussitôt, il se dirigea vers un endroit où la déclivité du sol augmentait de façon rapide. Dès qu’il jugea la profondeur suffisante, après une grande inspiration, il plongea sous la surface et, modifiant de nouveau sa trajectoire, avança furtivement vers l’île immobile. Après l’avoir observé un instant, Naaly et Tristan le suivirent et, comme lui, ne sortirent de l’eau qu’au tout dernier moment, celui d’aborder la rive.
– Profitez-en pour vous reposer, proposa Pardon. Je procède à quelques repérages avant de revenir.
– Bien ! On peut parler ! s’exclama Naaly. Avant de t’en aller, tu pourrais peut-être nous donner quelques explications sur la nature de ce lieu pour le moins exotique.
– C’est une île éphémère. Le sous-sol de cet immense lagon en regorge, mais elles ne se manifestent que de façon aléatoire.
– Alors, nous sommes tombés sur celle-ci par hasard ?
– Tout à fait. Ne bougez pas avant mon retour.
Alors que d’autres questions jaillissaient dans le cerveau de sa fille, Pardon s’éloigna, laissant sa progéniture déconcertée par cet abandon subit.

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– Tu crois qu’il a compris ça tout seul ? s’étonna Naaly.
Les sourcils de Tristan se froncèrent, tandis qu’il regardait son père partir, se demandant pour la première fois de sa vie quel homme cachait réellement la silhouette de celui qu’il côtoyait depuis l’enfance, comme si un aspect de lui-même, dédaigné depuis de nombreuses années, refaisait progressivement surface, un peu comme cette île éphémère, mais peut-être avec encore plus de mystère… Aurait-il pu vivre près de lui pendant plus de quinze ans et ignorer cette étonnante facette de sa personnalité ? Tout lui avait toujours semblé si limpide avec sa mère. La magie la suivait comme une ombre qui refusait de la quitter, mais jamais il ne l’avait observée se manifester autour de Pardon. Pourquoi ? Leur parcours l’avait amené à en découvrir plus sur lui, mais si peu. Son père était resté particulièrement silencieux à son propre sujet, prenant juste le temps de rassurer Naaly sur son rôle de clé sans s’étendre sur sa participation aux grandes batailles de la Wallanie ni aborder ses liens avec d’éventuels pouvoirs. Au moins, Tristan s’en était aperçu, apprendre que cette entité n’avait jamais disparu l’avait ébranlé en profondeur, sans parler de sa réticence à reprendre contact avec elle. Soudain, Tristan en réalisa les raisons : la reconquérir au risque de la perdre à nouveau, céder à son irrésistible attrait pour se retrouver enchaîné à elle pour le meilleur comme pour le pire, comme lui qui ne savait plus exister vraiment par lui-même… Quelle incroyable force développait sa mère pour parvenir à ne pas s’effondrer sous sa puissance ou son exigence ? Il avait déjà frôlé la réponse : elle et la magie ne faisaient qu’un… Mais cette certitude suffisait-elle à tout expliquer, à tout comprendre du lien si spécial qui les unissait ? Il réprima un soupir. Alors que jusqu’à présent tous les éléments s’étaient logiquement imbriqués, il devenait de nouveau incapable d’ordonner clairement ses idées afin d’établir une analyse sensée de leur aventure qui avait sombré dans la version la plus glauque que l’avenir pouvait leur réserver. Trop d’inconnues persistaient.

◎ ◎ ◎

– Coucou ! Tu es là ?
La voix de Naaly rappela Tristan à leur triste réalité et son regard revint vers sa sœur. – Désolé, je pensais.
– Oui, j’ai vu. À quoi ?
Tristan secoua la tête, ses yeux retournant vers le point où son père avait disparu.
– Je m’interrogeais sur la signification de notre présence ici.
– Eh bien ! si tu en trouves une, n’hésite pas à la partager avec moi. Je crains d’être aussi perdue que toi…
Naaly examina le paysage autour d’elle, se demandant ce qui clochait sur cette île bizarre. Les ombres ! Aucune ne s’étendait sous les arbres. De plus, malgré la clarté de la lumière, aucun astre ne semblait l’émettre. Quitter cet endroit au plus vite ! Fuir ce monde qui engloutissait tout ce qu’il croisait. Elle se laissa tomber sur le sable.
– Papa ne te paraît-il pas étrange ? s’enquit-elle.
– Si, mais c’est parce qu’il refuse ce qui lui arrive…
Naaly le fixa.
– C’est-à-dire ?
Son frère posa son regard intense sur elle et sa sœur frissonna. Avec ou sans pouvoir, ses yeux n’avaient rien perdu de leur déroutante noirceur. Il continua :
– As-tu cherché à déterminer son rôle avant la disparition de la magie ?
Naaly haussa légèrement les épaules avant de répondre.
– J’avoue m’être plutôt concentrée sur ma fonction de clé qui me redonnait un statut honorable. Je crois que j’étais un peu jalouse de te découvrir de si puissantes aptitudes, alors que j’en étais démunie…
Sur son visage s’afficha un petit rictus empli d’ironie et l’ébauche d’un sourire naquit sur les lèvres de Tristan. Au moins, cette quête les avait rapprochés et il ne pouvait que se réjouir de leur relation inespérée. Elle poursuivit :
– Alors, qu’as-tu à m’apprendre à ce sujet ?
– Malheureusement, rien de certain. Toutefois, j’ai l’impression que lui aussi se montrait doué. En revanche, je suspecte que ses compétences se limitaient au savoir-faire des fées, contrairement à maman.
– Et ça change quoi ?
– La magie est demeurée avec elle, mais pas avec lui. Enfin, ce n’est que mon hypothèse…
Naaly le fixa en attendant la suite. Elle l’observa se concentrer, persuadée que, à l’instant même, son esprit s’agitait pour construire une explication cohérente de cette inextricable situation. Il continua :
– Pour moi, maman peut entrer instantanément en interaction avec n’importe quelle forme de cette entité, tandis que, dans son cas, sa perception doit s’affiner encore. Sauf que, s’il est talentueux comme je le crois, il apprendra vite.
Naaly se laissa aller contre l’arbre derrière elle.
– Te rends-tu compte que nous sommes en train de parler de nos parents comme de personnes aux extraordinaires pouvoirs ? Cette réalité ne devrait-elle pas nous effrayer ?
Elle examina son frère brièvement.
– Question idiote ! Toi aussi, tu appartiens à cette branche familiale… Papa, aurait-il eu des raisons de s’en détourner ?
Le visage de Tristan s’assombrit.
– Apparemment, oui…, poursuivit-elle.
Il haussa les épaules légèrement, puis précisa :
– En fait, il ne fuit pas que cette entité, il se fuit lui-même…
Les yeux de Naaly tombèrent sur ses bottes trempées et la jeune fille s’attaqua à la première pour l’enlever.
– Tu devrais éviter de les ôter, tu ne pourras plus les remettre ensuite, objecta Tristan.
Elle le fusilla du regard, puis abandonna dans un soupir.
– Je rage ! Que je déteste cet endroit ! Ce bleu, cette eau ainsi que cette satanée île !
– Ne le dis pas trop fort, elle pourrait se vexer…
– Tu te moques de moi, j’espère, parce que, sinon, je…
Elle s’arrêta net tout en le fixant, puis ajouta :
– Non, même pas… Si, en plus, je dois ménager sa subtilité ! Je voudrais…
De nouveau, elle se tut, incapable de poursuivre sur le moment. Puis, quand son courage se raffermit, elle se lança :
– J’aimerais sortir définitivement d’ici et retrouver notre vie, même sans maman ou sans revenir en Avotour… Te rends-tu compte que notre parcours nous amène chaque jour à baisser un peu plus notre niveau d’exigence ? Nous sommes partis avec l’idée de changer le monde et, en fin de compte, nous finissons submergés par des bouleversements radicaux que nous ne contrôlons plus du tout. L’histoire s’écrit presque sans nous. C’est affreux comme sensation, c’est comme si nous avions cessé d’exister d’une certaine façon…
Ses derniers mots s’étranglèrent dans sa gorge. Alors, elle se tut encore une fois, étreinte par l’impression d’être arrivée au bout du chemin, dépourvue de l’énergie pour se battre encore et toujours…

◎ ◎ ◎

Le silence s’installa pendant un long moment, puis Tristan reprit :
– Même si ce constat peut te sembler étrange et plutôt en contradiction avec mes affirmations précédentes, je crois, finalement, que ce lieu n’est pas aussi maléfique qu’il le paraît, en dépit de la succession des épreuves qu’il nous impose. Selon sa propre perception, il défend une juste cause.
– Juste ! Et nous ? Si tu y réfléchis, nous sommes punis de façon totalement illégitime, non ? Dans cette histoire, nous avons d’abord perdu une mère que nous cherchions à sauver, sans parler de notre famille, notre maison et notre avenir tout tracé ! Et, tout ça, parce que je possède une clé ! Oui, je sais, nous en avons déjà parlé…
– Je me demandais…
Tristan s’arrêta de nouveau avant de reprendre :
– Si nous sommes parvenus à localiser notre porte pour la franchir, Martin n’a toujours pas trouvé la sienne…
– Ah oui ! Le pauvre… Franchement, nous n’avons pas été très gentils de l’abandonner, mais papa m’a expliqué que notre accès ne fonctionnerait pas pour lui. Maman l’aidera probablement à s’en sortir.
– Peut-être… Pourtant, j’ai l’impression que nous n’aurions pas dû les laisser ensemble.
– Que veux-tu qu’il lui fasse ? Elle sait se défendre.
– Tu l’aimais bien, Martin ?
Naaly haussa les épaules.
– Pas vraiment. Il possédait quelque chose d’étrange, mais je comprends que demeurer ici depuis longtemps puisse rendre n’importe qui un peu bizarre… Et toi ?
– Pas plus, sans motif valable. En fait, je crains plus que l’interaction que maman entretient avec la magie du labyrinthe ne se montre pas obligatoirement bienveillante.
– Mais elle est compétente, non ?
– Tu as raison, je m’inquiète sûrement pour rien. À ton avis, comment expliquerais-tu que nous ayons réussi là où Martin a échoué ?
– Peut-être que, malgré nos coups de gueule, nous sommes restés solidaires. Nous n’avons jamais cessé de réfléchir ensemble, de nous entraider et de nous soutenir. Nous aurions presque pu croire que notre famille avait fini par renaître en dépit de tout…
Tristan lui jeta un regard interrogateur.
– Elle te manque ?
Levant les yeux vers le ciel uniforme, elle répondit en contrôlant sa voix :
– Tu comprends, toi, tu t’es senti proche d’elle depuis le début, alors que moi…
– Tu as toujours compté pour elle.
– De quoi encore plus regretter de retrouver une femme qui ne se souvenait pas de moi…
– De plus, elle a préféré s’éloigner de nous parce qu’elle commençait à nous aimer un peu trop.
Un rire triste monta de la gorge de Naaly.
– Tu te moques de moi ? répliqua-t-elle.
– Pas du tout… Je l’ai perçu dans son attitude quand elle nous a rendu visite le soir précédent notre départ. De toute évidence, elle ne pouvait accepter cette double vie. Comment aurait-elle pu renoncer à Kerryen et Amy pour nous ?
– Décidément, toute cette histoire est pourrie d’un bout à l’autre ! C’est bête, parce que, moi, je l’appréciais bien cette petite sœur. Quand je pense que je n’en voulais pas… Quel dommage d’avoir scindé notre groupe !
– À tes propos, j’aurais plutôt cru que tu t’en moquais.
– Normal. Si nous commençons à hésiter, inutile de continuer. Je suis de plus en plus convaincue que ce labyrinthe nous éliminera de toute façon les uns après les autres, moins un à chaque fois… Et pourquoi pas jusqu’au dernier de notre famille ? Après tout, qui nous dit que son objectif final consiste à donner une chance à l’un d’entre nous ?
– Donc autant nous préparer au pire…
– Selon toi, qui décide de celui ou celle qui reste ? Lui ou nous ?
– En tout cas, le désir de maman s’est réalisé.
– Par là, tu veux dire qu’elle est parvenue à l’influencer et que nous le pourrions ?
– Honnêtement, encore une fois, je l’ignore. Je me suis simplement posé la question.
– Et quelles hypothèses as-tu envisagées sur la suite de notre parcours ?
– Plein. Et, pourtant, je n’en ai retenu aucune. À présent, les agissements de ce monde me deviennent de plus en plus incompréhensibles.
– Je vois. Au moins, notre but était clair lorsque nous devions remplir le sablier pour obtenir un délai supplémentaire.
Naaly tressaillait en songeant au suicide de Sekkaï et, dévisageant son frère, demanda :
– Qui papa a-t-il perdu selon toi ?
– Qui est la personne qu’il aime le plus à part nous ?
– Grand-père…
L’émotion étreignit Naaly, mais, la contrôlant, elle reprit :
– Tu crois qu’ils s’évanouissent de la vraie vie, je veux dire définitivement ?
– Le temps ne s’écoule pas ici comme à l’extérieur… J’aurais tendance à penser que si l’un d’entre nous arrive à tout remettre en place, personne ne se sera même aperçu de leur disparition et eux ne s’en souviendront pas.
– Voilà qui constituerait une maigre consolation à tous nos malheurs. Enfin, dans le meilleur des cas s’il advient. Et toi ?
Aussitôt, le rouge monta aux joues de Tristan qui baissa les yeux sous le regard étonné de Naaly. Celle-ci s’interrogea un instant sur l’origine de son trouble avant de blêmir.
– Personne ne s’est tué pour toi, n’est-ce pas ? poursuivit-elle d’une voix atone. En fait, comme seul l’amour pouvait remplir le sablier. Bonneau et Sekkaï ont donné leur vie pour nous et quelqu’un t’a offert ce cadeau sous une forme différente, comme un moment intime à deux, c’est ça ?
Au prix d’un effort considérable, son frère opina. Parallèlement, le moral de Naaly sombra. Pourquoi avait-elle dû sacrifier le prince, alors que Tristan avait connu ce qu’elle aurait largement préféré vivre ? Un violent sentiment de colère la submergea, tandis qu’elle fixait Tristan d’un air sévère.
– Pourquoi ? s’exclama-t-elle. Alors que j’avais une belle histoire toute prête, et, toi, personne ! C’est injuste !


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